Voici une parution étonnante et contre-intuitive, mais qui mérite de se laisser apprivoiser. Do Shorcha est divisé en deux temps complètement disparates : une première faite de huit très courts chants de type sean nós (qui veut dire ‘’vieux style’’, en irlandais ancien), un genre musical de chant ornementé traditionnel, ici interprété entièrement a capella. La deuxième partie est purement instrumentale et jouée sur un harmonium solo.
Les chants brefs (ils font 2 minutes en moyenne) sont bellement rendus par Gráinne Ní Choinn, états-unienne installée à Montréal. La belle voix de baryton (la dame est transgenre) aux contours authentiques, trahissant occasionnellement une indicible fragilité, nous transporte assez fidèlement dans un autre temps, quelque part dans l’île d’émeraude, au milieu d’un village isolé. Je ne suis pas un spécialiste de ce type de chant, mais d’après ce que j’en sais, le type d’ornementation assez économe serait un indice que les chants ici choisis proviennent du Nord de l’île. À confirmer par des plus érudits que moi en la matière.
Do Shorcha Ní Ghuairim est la conclusion surprenante de cet album. L’œuvre pour harmonium solo dure plus de 25 minutes sans pause. L’esprit harmonique qui est invoqué est étrange tout en demeurant consonant. On est ici clairement dans une démarche de musique contemporaine qui évoque sans les citer les traces idiomatiques du folklore irlandais. Pas celui, touristique, de Riverdance mais celui des sean nós mentionnés plus haut.
Comme une promenade sur une route isolée près des côtes arides du pays, entre une mer grise et inquiétante, des landes vertes mais dénudées et un ciel maussade mais lumineux, cette musique vous lancera dans un périple musical étonnant.
Une démarche hors norme dont on ne peut douter l’authenticité, ni l’originalité.






















