folk progressif / pop symphonique / rock prog

Classica 2026 | LA version de L’Heptade, sauf évidemment…

par Alain Brunet

Lorsque, en 1976, L’Heptade d’Harmonium avait été présenté à l’auditorium du cégep Maisonneuve, soit en avant-première des fameuses représentations du Théâtre Outremont, j’avais pas mal décroché. Toute cette métaphysique fioresque  de la quête personnelle à travers les niveaux de conscience m’inspirait la caricature, bien assez pour pervertir mon appréciation de sa musique, sorte de prog de chambre, une forme alors inédite.

Car j’avais adoré l’album homonyme d’Harmonium et encore plus Si on avait besoin d’une cinquième saison, présenté au gymnase du cégep à l’automne 75. Après…

Après, Fiori me semblait se prendre pour un gourou mystico-pété, ce qui ne cadrait pas tout à fait dans mon marxisme adolescent et mon militantisme étudiant. Évidemment, j’étais dans le champ. Fièrement dans le champ gauche, quand même dans le champ, du moins pour ce cas précis.

Quarante ans plus tard…

Lorsque, à la fin de cet hiver, Marc Boucher m’a présenté sa nouvelle programmation de Classica et mis de l’avant son idée  d’une exécution de L’Heptade avec la totalité des arrangements des musiques de Fiori, imaginés par le pianiste et compositeur Neil Chotem (1920-2008), le directeur artistique de Classica offrait la perspective de découvrir le paysage complet de cette œuvre sur papier. Avec les partitions originelles. On n’a jamais eu droit à tout ça : ni sur scène en 1976, ni dans l’album.

Alors voilà que, sauf Michel Normandeau, les membres vivants d’Harmonium ont accepté de faire l’exercice : Louis Valois (basse), Monique Fauteux (chant), Serge Locat (claviers) et Libert Subirana (anches et flûtes) se retrouvaient sur scène avec d’autres musiciens dont leurs propres enfants (Julie Valois, claviers, Maude Locat, claviers, Tony Chotem, guitare classique) et un orchestre symphonique complet sous la direction de Simon Fournier.

Ce dimanche 24 mai, j’ai complètement changé d’avis au sujet de L’Heptade, dont je n’avais retenu que le mysticisme pompeux dans une autre vie.

Assortie de touchantes interventions individuelles de la part des membres d’Harmonium, de leurs amis et de leur progéniture, l’exécution complète des partitions de Chotem était inédite, pont barre. Superbe pop orchestrale que Chotem avait imaginée avec les chansons de Serge Fiori, transforme la perception. Radicalement en ce qui me concerne. Faque du coup je comprends que Fiori, biberonné au big band de papa George avant de fonder Harmonium, avait tiré des leçons de cette expérience orchestrale néoclassique à l’époque – par exemple, créer de nouvelles musiques orchestrales avec Blair Thomson : Riopelle Symphonique, en hommage à Jean-Paul Riopelle.

À souligner, Alexandre Désilets devient le soliste de L’Heptade, à la fois éloquent et humble dans sa posture, certainement à la hauteur car il sert l’œuvre avec ses grandes qualités vocales (ténor et contre-ténor). Et on applaudit son choix de rester lui-même et ainsi éviter toute imitation de Fiori – dont le timbre particulier portait ce voile typique des gars cool des années 70, frôlant parfois la caricature.

Le son ? Comme c’est généralement le cas des concerts symphoniques impliquant des répertoires pop ou rock (et prog dans le cas qui nous occupe), des ajustements ont été nécessaires, avant l’entracte. Une fois de plus, le déséquilibre entre la formation rock et l’orchestre symphonique se révélait au détriment des instruments acoustiques. Heureusement, les choses se sont vraiment améliorées en cours de route, et ce jusqu’au ravissement.

Tant et si bien que cette exécution de L’Heptade  pourrait remplir les salles pendant des semaines car elle est de loin la meilleure jamais présentée… sauf évidemment l’absence prématurée de son mastermind et soliste principal, ce musicien qui a eu cet impact colossal sur nous, avec une œuvre pourtant si brève.

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