électronique

SAT | Nuit blanche 24H DJ set X Kent Monkman au MBAM

par Laurent Pellerin

Une grande variété de lieux et d’évènements s’offrent à nous en cette nuit qui tend le pont entre février et mars 2026. Habituellement assez sensible à l’effet que le paradoxe du choix a sur moi, j’avais décidé de ne me concentrer que sur deux emplacements précis: Le Musée des Beaux-Arts, pour y voir l’exposition de Kent Monkman, puis la SAT.

Mon arrivée à la SAT a été marquée par l’odeur saillante de la glace sèche, la foule est encore relativement éparse. J’étais passé récupérer mon étampe avant que la file d’attente ne soit trop grande, puis j’en profitais pour tâter le pouls. Je considérais bien le fait qu’il n’était pas encore minuit et que la majorité des gens qui prévoient une sortie pour la nuit blanche en prévoient généralement plus d’une.

Deux grands écrans permettent de suivre en temps réel les jeux de disques et de remarquer l’allure très particulière de la console de mixage: un boîtier de métal, de grands potentiomètres rotatifs, deux vumètres qui laissent présager un circuit analogique (on s’attendrait bien à ce qu’un set de DJ sur vinyles aille de pair avec une console de mixage analogique). 

Ce design épuré me rappelle les équipements rudimentaires des premiers studios de musique électronique du début des années 1950, à Cologne, où Stockhausen y avait composé ses Studie I et Studie II. Je remarque certains individus, peut-être simples amateurs des gestes ou alors professionnels en matière d’équipement, complètement absorbés par ces projections.

À ce moment de la soirée, la musique est encore peu entraînante et les transitions, un peu ambitieuses (et parfois ratées). Quelques individus à l’avant se déhanchent alors que la majorité demeure encore dans l’observation. On se sent encore mal à l’aise de s’abandonner aux rythmes, l’ambiance ne s’y prête tout simplement pas. La multiplicité de DJs et de complices, derrière les platines, s’échangeant discussions et interactions avec les disques, attirent davantage le regard que leur musique stimule les sens kinesthésiques.

Je ressors après moins d’une heure pour me diriger vers le Musée des Beaux Arts, où j’avais lu que l’exposition de Kent Monkman était gratuite pour les 25 ans et moins. La rue et la station de métro grouille d’une effervescence peu commune pour l’heure déjà tardive. On pressent que la nuit ne fait que commencer pour la majorité d’entre nous. 

Arrivé au musée, la file d’attente semble initialement éternelle. Presque à contrecœur, on prend place à la toute fin de la file, le froid mordant de la nuit contribuant à notre empressement d’entrer. Je constate, non sans surprise, qu’en moins d’une quinzaine de minutes, on se retrouve à gravir les marches vers l’exposition de Monkman. On nous annonce qu’il ne reste que trente minutes avant la fermeture.

Cette contrainte de temps, couplée au contexte général de la nuit blanche, contribuent à faire de cette expérience de musée une visite sans équivalent: la densité des visiteurs rappelle les  grands musées d’Europe, tout le monde bouge assez rapidement et s’empresse de visiter chacune des salles, sans prendre le temps d’intellectualiser la réception de chaque oeuvre. 

L’heure tardive confère aussi un aspect plutôt inusité à l’expérience globale. Tous ces facteurs contribuent à m’en tenir au ressenti brut dans mon appréciation de l’exposition. Mes yeux défilent jusqu’à ce qu’une image attire mon œil, je la contemple et laisse les frissons parcourir ma colonne vertébrale. 

Au premier abord, les dimensions impressionnantes des toiles contribuent fortement à leur éloquence. Je constate avec satisfaction que bien peu de téléphones cellulaires sont brandis pour immortaliser des images déjà immortalisées, une énergie de mouvance anime la foule qui s’empresse toujours de passer à la salle suivante.

Quelque part, dans un espace conjoint, une musique jouée par un DJ qui s’étiole sur les grandes colonnes de marbre contribue au caractère inhabituel de cette visite. Bien que j’apprécie cette contribution musicale un peu fantaisiste, je cherche à comprendre l’intérêt d’inclure une performance de ce type au musée. Peut-être pour attirer les gens vers l’exposition dans leur achat de billets? Peut-être en vue de conserver le momentum d’une soirée entre naissante? Après tout, c’est la nuit blanche. Qu’ils placent des DJs où bon leur semble. En bien peu de temps, on nous annonce la fermeture des salles et nous nous dirigeons vers la sortie.

De retour à la SAT, l’énergie à l’intérieur s’est renouvelée drastiquement. La salle est comble, l’air y est dense et humide. La musique a maintenant atteint un style beaucoup plus dansant et l’on se sent plus enclin à s’immerger dans la foule en mouvement. Cette dernière est bruyante. On perçoit le caractère encore frivole de la masse qui s’anime autour. Je ne peux m’empêcher de comparer mon expérience avec celle que j’ai vécue trois semaines plus tôt, dans le dôme du même emplacement, où Wata Igarashi et Marie Davidson m’avaient permis d’être, probablement pour la première fois, totalement envoûté par un set DJ. Ici, on sent que beaucoup de gens ne sont que de passage, on ressent la différence marquée avec un événement vécu avec une attention plus persistante.

Je quitte les lieux alors que l’énergie est à son apogée, je monte dans un autobus bondé qui transporte avec moi l’énergie frénétique de cette nuit blanche de février.

Tout le contenu 360

FIMAV 2026 | Darius Jones : trio d’exception, concert d’exception

FIMAV 2026 | Darius Jones : trio d’exception, concert d’exception

FIMAV 2026 | Zubot Strings: maximum pertinence, maximum ravissement

FIMAV 2026 | Zubot Strings: maximum pertinence, maximum ravissement

FIMAV 2026 | Darius Jones converse avec Scott Thomson

FIMAV 2026 | Darius Jones converse avec Scott Thomson

Palomosa 2026: Doss sait fédérer son monde 

Palomosa 2026: Doss sait fédérer son monde 

Palomosa 2026: MGMT n’apporte rien de neuf

Palomosa 2026: MGMT n’apporte rien de neuf

FIMAV 2026 | Amirtha Kidambi: musiques séduisantes, prolixité militante

FIMAV 2026 | Amirtha Kidambi: musiques séduisantes, prolixité militante

Palomosa 2026: Hannah Diamond nous offre le DJ set le plus rose qui soit 

Palomosa 2026: Hannah Diamond nous offre le DJ set le plus rose qui soit 

Mathieu Lussier et Arion dansent avec le Roi

Mathieu Lussier et Arion dansent avec le Roi

Yuki B – Romance

Yuki B – Romance

Soul of Zoo dévoile « Connection », fruit de collaborations d’ici et d’ailleurs

Soul of Zoo dévoile « Connection », fruit de collaborations d’ici et d’ailleurs

Saison 2026-2027 de la salle Bourgie : on en parle avec Caroline Louis et Olivier Godin

Saison 2026-2027 de la salle Bourgie : on en parle avec Caroline Louis et Olivier Godin

Art Choral | Toustes ensemble, chantons The Beatles !

Art Choral | Toustes ensemble, chantons The Beatles !

Palomosa 2026: groupes, rituels sanglants et l’art de programmer un festival – entretien avec Mathieu Constance

Palomosa 2026: groupes, rituels sanglants et l’art de programmer un festival – entretien avec Mathieu Constance

Wesli Louissaint | Makaya, le 7e album enfin célébré sur scène

Wesli Louissaint | Makaya, le 7e album enfin célébré sur scène

KLO: Un nouveau chapitre musical avec le single « Benito »

KLO: Un nouveau chapitre musical avec le single « Benito »

FIMAV 2026 | Eric Chenaux et ses ballades délicieusement déconstruites

FIMAV 2026 | Eric Chenaux et ses ballades délicieusement déconstruites

FIMAV 2026 | « Voda » de Sarah Pagé, sons inspirés de l’eau à travers la mythologie et la poésie russes

FIMAV 2026 | « Voda » de Sarah Pagé, sons inspirés de l’eau à travers la mythologie et la poésie russes

Nda Chi: Du Cameroun à Montréal pour le Festival Afropolitain Nomade

Nda Chi: Du Cameroun à Montréal pour le Festival Afropolitain Nomade

Palomosa 2026: Sophia Stel – How To Win At Solitaire (Édition Deluxe)

Palomosa 2026: Sophia Stel – How To Win At Solitaire (Édition Deluxe)

Palomosa 2026: femtanyl – MAN BITES DOG

Palomosa 2026: femtanyl – MAN BITES DOG

Palomosa 2026: Dylan Brady – Needle Guy

Palomosa 2026: Dylan Brady – Needle Guy

Kololo : ILAM porte les voix du métissage

Kololo : ILAM porte les voix du métissage

FIMAV 2026 | Sakina Abdou et la liberté en trio: « Hammer, Roll & Leaf », saxo, piano & percus

FIMAV 2026 | Sakina Abdou et la liberté en trio: « Hammer, Roll & Leaf », saxo, piano & percus

Hot Garbage – SPUN

Hot Garbage – SPUN

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné