Étrange duo, en effet, que celui formé de Vanessa Croome, soprano et Sahara von Hattenberger, violoncelle. Les deux jeunes Montréalaises ont décidé de s’unir sur scène malgré la quasi inexistence de répertoire pour ce mélange inusité. Deux options s’offraient à elles : réaliser des arrangements de pièces existantes (la plus facile et potentiellement la plus payante – Imaginez quelques airs d’opéra célèbres dans ces habits sonores. Ça fonctionnerait assurément!), ou commander de nouvelles œuvres (le choix le plus audacieux, le plus risqué). Devinez quoi, elles ont du guts les filles : elles ont opté pour la seconde. Et grand bien leur (et nous) en fasse, car ce qu’elles font est drôlement original, en plus d’être attrayant et accessible.
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Mondes mystérieux… et montréalais
Des mondes mystérieux et crépusculaires, parfois sensuels, toujours bien plantés dans la poésie des mots et des sons, se déploient devant les mélomanes qui oseront se présenter au rendez-vous.
Des compositeurs et compositrices en majorité montréalais sont représentés : Airat Ichmouratov (très chaleureux, amoureux, Quatrains of Wisdom, op. 82, sur des poèmes d’Omar Khayyam, où le compositeur joue également de la clarinette et du duduk arménien! J’adore!), Nicole Lizée (étonnant Urbexcelsis (Doesn’t It Fill Your Eyes), qui nous plonge dans une ville fantôme parcourue d’échos numériques fantomatiques), Laurence Jobidon (très drôle et truculent Simone : mythe moderne, sorte de comédie musicale de 6 minutes sur une fonctionnaire étouffée par une promotion), Luna Pearl Woolf (mise en musique d’une dizaine de poèmes de Rumi dans Rumi: Quatrains of Love, certains avec des réminiscences de Gorecki et sa Troisième symphonie) et Jeffrey Fong (Britten-esques adaptations de deux extraits du Roman de la rose médiéval français).
Quelques notes internationales
La russo-néerlandaise Maya Fridman (également violoncelliste dans la vie) nous présente un Tree of Life à la fois complexe et puissamment évocateur, dans lequel bruissent des souffles de couleurs exotiques et de spiritualité juive ancienne.
Si vous achetez la version numérique de l’album, un ajout vous sera offert : Kväll (crépuscule) du suédois Anders Hillborg, une courte mais envoûtante construction qui adopte des couleurs et des intonations de musique médiévale.
Combinaison équilibrée
Vanessa Croome possède un très beau timbre de soprano, des aigus aisés et généreux doublés d’une souplesse agréable de la narration. Le reste de son registre est lumineux, sans aigreur aveuglante, porté par un vibrato leste et discret. Une belle voix, qu’on a envie de réentendre souvent.
Sahara von Hattenberger est excellente et contribue à la force de cette union grâce à son jeu athlétique, richement vêtu de résonances graves et profondes.
LISEZ LA CRITIQUE DE L’ALBUM 1Q84 DE SAHARA VON HATTENBERGER.
Duo Étrange jouera le programme de l’album à la salle Bourgie, Montréal, le 24 février 2026.























