Rosalía – LUX

· par Alain Brunet

LUX, de Rosalía, fait presque l’unanimité quoique l’album intrigue la brigade de l’ostentation et de la pompe, qui songe à interpeller sa conceptrice pour abus de moyens au service d’une proposition plus mince qu’il n’y paraît. La diva catalane peut effectivement déplaire aux tenants d’une pop-rock plus rude et moins habillée, qui y verront possiblement une logorrhée de recyclages mystico-philosophiques et orchestraux, au détriment des émotions viscérales. Elle peut incarner ce faste démesuré qu’abhorrent les cœurs purs de l’expression rugueuse et basique, qui préfèrent tous les garages de ce monde à cette Maison symphonique qui pourrait  les contaminer.  

Sans édulcorer, sans dénaturer son moi profond, mener à terme un album d’une telle ambition, n’est pas sans risque. Une chanson reste une chanson avec ses progressions d’accords et ses mélodies appartenant à un ensemble limité de possibilités. Où se trouvent la singularité et la capacité d’élever les âmes au-delà de leur expression brute? Le salut créatif se trouve dans le grain de la voix, dans ses inflexions, dans ses usages stylistiques, dans son exécution, dans son instrumentation, dans ses arrangements instrumentaux et son beatmaking. Lorsqu’il est question de transformer des chansons pop en un tout plus complexe, de surcroît électro-symphonique, il faut un dosage circonspect.

Oui, LUX est exubérant comme la culture ibérique, cette flamboyance flamenca est séculaire, il n’y a vraiment pas lieu de s’en formaliser. Rosalía n’est pas Björk bien qu’elle s’en approche, elle n’est pas FKA twigs, elle n’est pas Beyoncé, elle n’est certainement pas l’oligarque Taylor Swift qui aspire tout qui est générique dans l’univers connu et le réchauffe au micro-ondes pour ses millions de dévots qui n’y voient que du feu. 

Rosalía est catalane,  cette douée passionaria assume les forts parfums et le beurre épais de sa culture.  Si vous y voyez quelque excès, ne voyagez pas en Catalogne! Les emprunts stylistiques sont ambitieux, puisent dans le romantisme et la modernité symphoniques. La rumba catalane et le flamenco sont bien présents dans LUX, mais pas trop dans cette proposition de 15 chansons qui n’est certes pas la trame sonore une corrida. L’électro se veut ici un soutien à la musique instrumentale et non le contraire, néanmoins important dans l’œuvre. Le reggaeton et le rap y sont aussi intégrés avec talent. La participation d’artistes de grand talent  (Caroline Shaw, Angélica Negrón, Estrella Morente, Björk elle-même, etc.) n’est certes pas l’effet du hasard ou de l’opportunisme professionnel.  Rosalía n’est pas la première à transcender ses chansons à travers une approche aussi ambitieuse, quasi pharaonesque, mais on ne peut nier que ce travail reste profondément incarné.

On n’a pas fini de décortiquer ce LUX mais tout indique que l’album finira au faîte de la pop critique occidentale en 2025.

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