Coup de cœur francophone | Virginie B, féminité, extravagance, queerness, art-pop, hyperpop….

Entrevue réalisée par Léa Dieghi

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Au téléphone, Virginie B. me répond assise sur son sofa, dans son studio de musique montréalais. À l’approche de son spectacle donné au Coup de cœur francophone, ce vendredi 14 novembre au Théâtre Plaza, je l’imagine me causer dans une pièce colorée, avec de multiples affiches accrochées sur les murs, des bibelots un peu décalés placés par-ci par-là, des instruments de musique à proximité, le tout dans une esthétique maximaliste à la croisée des inspirations.
Bien que cette image soit le fruit de mon imagination et soit certainement éloignée de la réalité, c’est ce qui me vient à l’esprit quand je pense à Virginie B: une artiste avec une esthétique musicale et visuelle over the top, qui transpire d’exubérance.
Avec ses inspirations venues tout droit du Japon, de la culture du jeu vidéo, mais aussi du drag, de Montréal ou encore de la France, on ne peut qu’imaginer la complexité de son univers, qui, pourtant, se veut aussi un point de rencontre pour tous et toutes, de chaque sensibilités.

Cette musique, qu’elle dit « porter très très proche de son cœur », en ajoutant qu’elle est profondément ancrée dans un univers qu’elle a patiemment construit au fil des ans et des réflexions, semble avoir atteint son apogée récemment, particulièrement pendant l’élaboration de son album Astral 2000.
En observant et comparant son œuvre, on peut ainsi y voir une sorte de scission: Un avant/après Astral 2000, qui exprime une certaine culture queer réincarnée, une féminité décomplexée, et un jeu / lâcher-prise (presque) enfantin.

“Il y avait, pose-t-elle, plus de douceur et de retenue dans mes anciennes compositions… Avec un point de vue extérieur, j’ai réalisé que je me retenais beaucoup, j’essayais aussi beaucoup de “faire”, ou encore d’atteindre un certain idéal, une vision claire, mais toujours avec beaucoup trop de contrôle… Quand je suis rentrée au studio pour la composition d’Astral 2000, j’ai décidé de changer mes anciens patterns, et de créer comme ça me venait. Si Insula (2022) était beaucoup basé sur d’anciennes productions, pour Astral 2000, c’était vraiment au jour le jour, sans rien sous la main (…) On a vraiment expérimenté, et j’ai eu tellement de fun! “

L’artiste montréalaise, qui vient d’être nominée pour le titre de « Révélation de l’année » par l’ADISQ, a su se développer au fil des ans. Elle y est parvenu tant sur le plan musical qu’en ce qui concerne son identité. Ce personnage qu’elle a su créer est selon ses propres mots “Une partie du portrait… Une exacerbation de certains de ses traits.”, qu’elle a finalement pu dévoiler au monde, sans retenue. En naviguant entre les sous-genres de la pop, tels que l’hyperpop ou encore l’art pop, elle s’en approprie les codes, tant musicalement qu’esthétiquement. Elle se les approprie aussi dans son corps, et dans sa façon de se présenter au monde sur scène.

“ Si on me croise dans la rue, soulève Virginie B, on ne saura pas forcément qui je suis, parce que je ne suis pas tout le temps en personnage de scène, mais ce persona reste un véhicule de mon désir pour l’exubérance, de mon droit à être too much, et ça, c’est qui est important pour moi… Je me sens beaucoup plus libre, grâce à ce personnage. (…) L’hyper Pop c’est de la pop très méta, et ce personnage, ce visuel, c’est une performance très consciente d’elle même, dans un sens… C’est de l’hyper performativité, et c’est mon hommage au drag et à son extravagance.”

Cette sensibilité tournée vers le drag, la féminité exacerbée, ou encore l’extravagance, s’est aussi construite à travers les multiples rencontres et collaborations qui ont traversé sa vie. Si Virginie B a pu, durant un temps, travailler de façon plus solitaire, ce sont ses échanges avec d’autres artistes qui lui ont permis de façonner ses compositions actuelles.

“On est quatre créatrices à réfléchir sur l’aspect visuel, depuis Astral 2000… Durant la création de l’album, j’ai compris que ce projet ne pouvait plus être centré que sur moi, il fallait que ce soit un effort commun, pour véritablement créer un monde, en collectivité, avec des inspirations qui venaient de différentes personnes (…) Pour ainsi lui donner une plus grande portée”, explique notre interviewée.

Ces créatrices, Rosalie Bordeleau, Louane Williams et Andy Jon, l’ont beaucoup aidée dans la création d’Astral 2000. Et être entourée de femme, c’est aussi un désir qui a émergé de sa propre histoire, et de ses expériences en tant que femme artiste dans l’industrie musicale.

“M’entourer de femmes, croit Virgine B, c’est aussi suivre cette quête féminine que je poursuis depuis plusieurs années… Pouvoir comprendre ma féminité, comment elle s’exprime, comment vivre avec elle dans cette société, et comment, créativement, elle peut m’affecter… J’ai eu besoin de m’entourer de personnes qui avaient un vécu et des sensibilités similaires aux miens, des femmes, des personnes queers, tout en incluant aussi mon partenaire de production, Louis Jeay-Beaulieu, qui est un homme… Mais, pour nous, l’aspect visuel est devenu crucial : il faut mettre de l’avant la femme, mais aussi l’identité queer. ”

Écouter Virginie B, mais aussi faire l’expérience de ses spectacles, c’est quelque chose qui nous plonge directement dans cet hommage à la femme et à la culture queer. Si certains semblent être dérangés par cette représentation des corps, Virginie B nous dit pourtant être parfois “amusé” de ces réactions. Dans une industrie musicale encore largement dominée par les hommes, notamment au Québec, son œuvre semble effectivement pousser les limites des anciens codes de la musique, et notamment de la représentation de la femme. C’est très certainement aussi pour ça qu’elle se démarque tant. Mais cette envie de provoquer est pourtant aussi marquée par le désir de continuer à évoluer dans l’industrie québécoise, avec l’assurance qu’un public curieux existe un peu partout, même là où on s’y attendait le moins.

“La scène électronique, croit Virginie B, ne s’est pas encore totalement développée au Québec, et je ne parle pas juste de Montréal, mais vraiment de l’entièreté du Québec… Il y a une curiosité au Québec d’entendre de nouvelles choses, mais certaines musiques (notamment la mienne), sont moins relayées sur les médias populaires…. Les gens sont moins exposés au type de musique que je fais, et c’est sur qu’en festival, parfois, je sens le décalage… Un spectacle d’Astral 2000, c’est de l’électronique, de l’art-pop, c’est excentrique, et ça peut déranger… Et c’est correct… Ça m’est arrivé beaucoup, de voir des personnes un peu déstabilisées par ma musique au début, mais ça m’est aussi arrivé beaucoup que ces mêmes personnes viennent me voir à la fin du spectacle pour me dire qu’il-elles ont adoré…”

Féminité, inclusivité, drag, queerness, hyperpop, art-pop, collaboration, extravagance,
lâcher-prise, jeu vidéo… Tellement de choses dites sur Virginie B et son univers bien particulier, et qui continuent de s’étendre à travers le Québec, et le monde. Entre ses rêves de collaborations avec des artistes comme Bonnie Banane ou encore Yelle, et la suite de ses projets, elle finit par me dire qu’elle « continue à naviguer sur la vie d’Astral 2000 », mais qu’elle « est déjà sur la préproduction de nouveaux morceaux. » Ces nouvelles compositions seront d’ailleurs probablement jouées en exclusivité lors du concert du 14 novembre, dans le cadre de Coup de cœur francophone..

Et si la performance est quelque chose, qui, très jeune, lui “ a apporté beaucoup de bonheur”, on se doute bien que cette joie sera insufflée dans ces prochains spectacles, et toutes ses prochaines compositions. Et on a bien hâte d’ y assister en personne, pour finalement faire l’expérience du phénomène Virginie B.

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