autochtone / classique

OSM | Du ciel à la Terre

par Alexis Desrosiers-Michaud

Tout comme il y a deux ans, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) termine sa saison 2024-25 avec Gustav Mahler, cette fois avec son Chant de la Terre. En première partie, pas de concerto, mais bien deux co-créations visant à souligner la réalité des peuples autochtones présents sur notre continent. En prélude, « une cérémonie innue du tambour teueikan [souligna] la portée symbolique de l’événement. Instrument sacré, le tambour est au cœur de plusieurs traditions spirituelles et culturelles des peuples autochtones » par l’ainé Charles-Api Bellefleur. 

La première cocréation, You Can Die Properly Now, de la compositrice Ana Sokolovic sur un texte de Michelle Sillyboy est chantée en langue Mi’kmaq par la soprano Emma Pennell, est, musicalement surtout un environnement sonore sombre et lugubre pour servir le texte. Considérant que ce dernier nous plonge directement dans la cruauté du sort des enfants autochtones ont été envoyés dans les pensionnats, à qui, justement, l’œuvre est dédiée, on n’aurait pas imaginé autre chose. Ajoutant la transcription de la graphie des symboles de la langue originale en direct sur écran géant par l’écrivaine, cela donne un résultat très réussi. 

La seconde création, Un cri s’élève en moi, d’Ian Cusson sur un texte de Natasha Kanapé Fontaine, est on-ne-peut-plus contrastant à You Can Die Properly Now.  Chantée en français par la soprano québécoise Elisabeth St-Gelais, est très mélodique, avec plus de couleurs harmoniques et orchestrales. Cette œuvre rendant hommage à la vie et au rôle de la femme dans les peuples autochtones, si importantes dans ses traditions. De facture tonale, cette pièce de 10 minutes est construite un peu comme de la musique de scène, soit selon les émotions transmises par le texte et par St-Gelais pour une finale avec des mots que nous connaissons bien ici : « Je me souviens ». 

Le Chant de la Terre de Mahler, symphonie pour alto et ténor et orchestre occupe une place à part dans l’œuvre du compositeur. Empruntant également la forme du lied, elle est arrivée tard dans la vie du compositeur et n’a rien à voir avec ses symphonies les plus connues.  Les mouvements 1, 3 et 5 sont chantés par le ténor, Nikolai Schukoff en ce qui nous concerne. Celui-ci, très enthousiaste, se débrouille bien. Son timbre est clair et il chante par cœur, aspect non-négligeable. Sa diction est claire et son interprétation physique nous embarque avec lui, notamment lorsqu’il fait l’ivrogne. Sauf que ça devient trop quand il continue ses mimiques quand il ne chante pas. Ce n’est pas son rôle de livrer le texte, encore moins à jeter un regard au chef et aux musiciens qui l’entourent. 

Michelle DeYoung est la mezzo-soprano qui alterne avec Schukoff. Elle est moins expressive de corps, mais tout passe par son visage et ses yeux, surtout. DeYoung ne chante pas par cœur mais c’est à peine si elle regarde la partition; à l’instar de son acolyte, elle est là pour raconter une histoire, avec sa voix ronde et profonde. 

Comme dans d’autres œuvres de Mahler, le dernier mouvement est le point culminant de toute l’œuvre. 
Alors que nous avons eu droit à cinq mouvements assez pastoraux, avec tellement de légèreté que la musique vole à certains endroits, notamment grâce au brio des bois, l’Adieu final est sombre. Sans passer du côté tragique toutefois, DeYoung se surpasse dans le ressenti de la musique, accompagné par un OSM qui lui colle à la voix. Les touchantes  « Pour toujours », répétées inlassablement résonnent dans sa voix comme un mantra, une prière.

Crédit Photo: Gabriel Fournier

Tout le contenu 360

Suoni 2026 | Voyage dans le temps avec Wendy Eisenberg

Suoni 2026 | Voyage dans le temps avec Wendy Eisenberg

FIJM 2026 | 25 juin | Jour 1 | Les choix de Modibo Keita

FIJM 2026 | 25 juin | Jour 1 | Les choix de Modibo Keita

May Wells: battante, inspirée, émancipée

May Wells: battante, inspirée, émancipée

Francos 2026 | Lancement de Fuudge : le feu prend

Francos 2026 | Lancement de Fuudge : le feu prend

Francos 2026 | Lost, la rue en catharsis au MTELUS

Francos 2026 | Lost, la rue en catharsis au MTELUS

FIJM | Modibo Keita, tête de jazz pour la programmation 2026

FIJM | Modibo Keita, tête de jazz pour la programmation 2026

Lila Downs – Cambias mi mundo

Lila Downs – Cambias mi mundo

Francos 2026 | Disiz impose son univers rock devant une foule immense

Francos 2026 | Disiz impose son univers rock devant une foule immense

FMCM 2026 | John-Henry Crawford, jeune artiste passionné

FMCM 2026 | John-Henry Crawford, jeune artiste passionné

Francos 2026 | Aupinard, du spleen à la fête

Francos 2026 | Aupinard, du spleen à la fête

Francos 2026 | Dead Obies, un show réparateur au-delà de la nostalgie

Francos 2026 | Dead Obies, un show réparateur au-delà de la nostalgie

Suoni 2026 | Sunken Cages, « musique bizarre et intéressante » de Ravish Momin

Suoni 2026 | Sunken Cages, « musique bizarre et intéressante » de Ravish Momin

Suoni 2026 | Jardin botanique, pont céleste

Suoni 2026 | Jardin botanique, pont céleste

Francos 2026 | Deux (albums de Pierre Lapointe) par deux rassemblés… et magnifiés

Francos 2026 | Deux (albums de Pierre Lapointe) par deux rassemblés… et magnifiés

Suoni 2026 | Alex Motta, contrebassiste mexicain pour toutes les expressions contemporaines

Suoni 2026 | Alex Motta, contrebassiste mexicain pour toutes les expressions contemporaines

Francos 2026 | Quand le hasard mène à Myra

Francos 2026 | Quand le hasard mène à Myra

Francos 2026 | Quebec Redneck Bluegrass Project et Alice Bro fusionnent au MTelus

Francos 2026 | Quebec Redneck Bluegrass Project et Alice Bro fusionnent au MTelus

Dômesicle/SAT X Francos | L’équation Romane Santarelli

Dômesicle/SAT X Francos | L’équation Romane Santarelli

Francos 2026 | Marie-Pierre Arthur en douceur, superbe bivouac

Francos 2026 | Marie-Pierre Arthur en douceur, superbe bivouac

Atsuko Chiba – Atsuko Chiba

Atsuko Chiba – Atsuko Chiba

Francos 2026 | Gab Bouchard garde une trace de ses spectacles intimes

Francos 2026 | Gab Bouchard garde une trace de ses spectacles intimes

Suoni 2026 | Dansons sur le chaos avec The Ex

Suoni 2026 | Dansons sur le chaos avec The Ex

Francos 2026 | NA$-T, la force tranquille du rap saguenéen

Francos 2026 | NA$-T, la force tranquille du rap saguenéen

Francos 2026 | Juste Shani, la voix qui réécrit les codes du rap

Francos 2026 | Juste Shani, la voix qui réécrit les codes du rap

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné