électronique / techno

MUTEK | dea ex machina !

par Julius Cesaratto

La productrice machìna, qui réside à Tokyo et aussi à Berlin, a fait littéralement sensation au Metropolis 1 de MUTEK. Elle a fait exposer la place avec une performance techno modulaire live aussi dépouillée que stupéfiante. Pour cette première nord-américaine d’Action, elle a réduit la techno à son essence même, improvisant avec rien de plus qu’une boîte à rythmes et sa voix tissée dans la trame de l’album éponyme. Envoûtante du début à la fin !

Vêtue d’une élégante robe en latex noir et baignée dans des flashs de lumière rouge, machìna a mis à contribution l’impressionnante sono de la salle avec des sons rave classiques et un beat minimaliste contagieux. Ce fut une expérience sensorielle totale, les subwoofers faisant vibrer le sol et les danseurs réagissant en conséquence, bougeant à l’unisson et s’adaptant aux changements de tempo. Son improvisation modulaire live s’est déployée avec une intensité mesurée – caisses claires aiguës, motifs de cymbales complexes, distorsion funky – électrisant les deux étages de la salle de concert.

Au fur et à mesure que le spectacle avançait, l’artiste sud-coréenne s’orientait vers quelque chose de plus sombre, inquiétant, violent. Un seul projecteur suspendu au-dessus de la scène perçait la brume, tandis que des barres verticales de lumière rouge enfermaient cette redoutable bête dans sa cage. Par moments, les faisceaux semblaient couler du plafond voûté comme du sang, un détail qui évoquait de manière frappante la célèbre scène Blood Rave du film Blade.  Le public, plongé dans les effets visuels, dansait sur un rythme quasi rituel tandis que les battements de tambour fendaient l’espace. 

À certains moments, machìna a réduit les mélodies à leurs éléments les plus bruts – le rugissement des grosses caisses, les charlestons rebondissants et les sons texturés – pour ainsi intensifier l’anticipation avant de replonger la piste dans une frénésie totale de rythmes et de lumières. L’alternance entre tension et détente, combinée à une installation lumineuse spectaculaire, a fait de ce set une expérience sensorielle totale : les basses résonnaient jusqu’au fond du MTelus, les lasers traversaient la foule en mouvements synchros, et chaque changement de son déclenchait une réaction auprès du public.

Au terme de son set, machìna avait placé la barre très haut pour le reste de la soirée : les fans applaudissaient et en redemandaient. Ce set techno incisif et rafraîchissant a définitivement établi l’artiste comme une véritable maître du genre, mélangeant avec fluidité des rythmes simples et des percussions superposées. Certes l’une des meilleures performances de Mutek jusqu’à présent.

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Photo: Frédérique Ménard-Aubin

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