Margaret Glaspy a passé ces dernières années à se mettre discrètement en retrait, et cela a eu un impact sur son état d’esprit. Elle revient aujourd’hui avec un fusil chargé à bloc, braqué sur ses propres perceptions. Le résultat, c’est I Am Both — le quatrième album de Glaspy et le premier qui sonne sans aucune artifices de studio, sans fioritures — juste Glaspy, une guitare qui semble avoir survécu à une bagarre au couteau, et un trio (Jay Bellerose à la batterie, Patrick Warren aux claviers, Ross Gallagher à la basse) qui joue comme s’il écoutait cette même bagarre à travers le mur crasseux d’un motel. On entend le courage et on ressent la brutalité dans chacun de ces morceaux.
Michigan ouvre l’album avec Glaspy fuyant une rupture vers l’État le plus froid qui lui vienne à l’esprit, jouant en fingerpicking comme si elle essayait de distancer ses propres mains. That Rose est le rêve fiévreux de l’album, tout en nostalgie surréaliste et en envolées vocales qui passent d’un ronronnement à un grognement en l’espace d’un souffle — preuve qu’elle peut encore surpasser n’importe qui au chant. James and Marie s’amorce sur un ton retenu avant de se dénouer, exprimant une relation qui s’effrite au même rythme que la ligne de guitare qui l’accompagne.
Glaspy écrit sur des gens qui se parlent sans s’écouter, qui se blessent mutuellement par accident et qui quittent la pièce au milieu d’une phrase — et au lieu de moraliser à ce sujet, elle met simplement les choses sur la table comme un château de cartes ou, tel que souligné déjà, une cartouche de fusil.























