Si vous aimez la grande, la très grande et épique symphonie, les univers archi dramatiques et expressifs de Chostakovitch et du Suédois Allan Pettersson, vous a-do-re-rez cette Symphonie no 17 Symphonic Frescoes du Finlandais Kalevi Aho. C’est tout simplement monumental. Déjà, les titres des trois mouvements sont évocateurs : From the Deep (des profondeurs), Scherzo macabre et Distant Songs (chants lointains).
Séduisantes profondeurs
From the Deep remplit toutes ses promesses en s’élevant très graduellement de pédales ronronnantes au contrebasson et autres instruments jouissivement abyssaux, pour s’épanouir dans de très larges vagues sonores de plus en plus pleines et grandioses. À travers tout ça, de merveilleux moments d’intimité et d’introspection avec des solos chantants de cor anglais ou de flûte, par exemple. À travers cette trame foisonnante et charnue de quelque 23 minutes, un orgue donne des signes d’éveil, mais ce n’est qu’une préparation en vue de son rôle principal dans le troisième mouvement.
Scherzo morcelé
Le Scherzo s’amorce avec des couleurs dispersées, interrogatives aux bois avant que le mouvement ne semble s’activer réellement avec les trompettes, les percussions et les cordes. L’élan se brise sur des quelques écueils pour reprendre son envol plus loin, avec une intensité décuplée. Ainsi va dans un tangage continu le déroulement de ce Scherzo atypique mais explosant de détails. L’orgue se manifeste encore, plus virilement cette fois, surtout vers la fin du mouvement.
Finale surprenante
Le troisième mouvement est le plus long des trois (déjà que..). Il est aussi le plus contre intuitif. Son déroulement semble décousu, et manquer de thème focal. Il est pourtant d’une grande subtilité d’écriture.
Pendant un bon cinq minutes, l’atmosphère est sombre et oppressante, puis les hautbois, cor anglais, flûtes sMactivent comme pour entonner un chant rural relativement festif, avant d’être de nouveau submergé par la masse symphonique qui reprend la ritournelle des bois, mais de façon surchargée. Plus loin encore, nouveau répit habité par les bois et leurs couleurs pastorales souriantes, avant d’être recouvert à nouveau de nuages sombres. Ça oscille comme ça, avec des interventions de l’orgue plus soutenues et nombreuses que dans les mouvements précédents. Les chants lointains, en effet, sont de plus en plus distillés par la trame narrative, comme en se diffusant jusqu’à étiolement presque total dans les dernières minutes. L’écriture s’y fait parcellaire, murmurée, fragmentée, mais toujours aussi fine et raffinée.
Peut-être pas la finale épique que le premier mouvement nous laissait entrevoir, mais néanmoins une symphonie qui est accomplissement exceptionnel, à consommer lentement, en savourant chaque minute.






















