Véritable fusion plutôt que crossover en courtepointe, Metamorphose est un projet écuménique de très belle facture porté par trois excellents artistes de la scène world/indie de Montréal, Amir Amiri au santour, Shawn Mativetsky aux tablas et Sarah Pagé à la harpe. D’entrée de jeu, on est guidé avec douceur, mais dans une bienveillante énergie, à travers un univers sonore irisé des timbres particuliers de chacun des instruments en présence. Le santour de Amiri (qu’on peut aussi entendre chez l’ensemble Constantinople, entre autres) se joint à la harpe de Sarah Pagé (The Barr Brothers, Land of Kush,…) pour construire une mélodie aux contours exotiques simples et attrayants, imprégnés d’un peu de nostalgie. Les rythmes allants de Mativetsky permettent aux fines lignes des instruments à cordes de prendre leur envol. On est tout de suite séduits.
ENTREVUE AVEC AMIR AMIRI ET SARAH PAGÉ
Les quatre autres pièces de l’album sont du même ordre, récoltant les fruits d’une fusion de styles persans, pop instru et indiens. Les constructions, si elles paraissent pensées du côté pop de l’architecture, réussissent néanmoins à intégrer une certaine complexité des musiques savantes persanes et indiennes à travers des épisodes improvisés et certains détours harmoniques. Quarter Tone Suite est un bel exemple. Une lente et longue évolution nous mène à un finale insistant et excitant de résonances hindoustanies, persanes et minimalistes. A certains moments, on pense aussi à l’univers si séducteur du compositeur classique états-unien Alan Hovhaness, que j’adore.
Dans Maktrismos, le paysage ouest-asiatique se teinte occasionnellement de textures rugueuses (la harpe préparée, trafiquée, ou quelques touches électros?) et de passages dramatiques répétitifs. La plage finale, Pathos est celle qui se pare du caractère le plus typiquement traditionnel, avec une trame narrative menée affirmativement par les tablas de Shawn Mativetsky, en étroite symbiose avec Amiri et son instrument. Pathos est un hommage à Pandit Shivkumar Sharma, un maître indien du santour. La base rythmique et mélodique est issue d’un des ragas les plus emblématiques de la tradition musicale de l’Inde du Nord, le Raag Charukeshi. La harpe de Pagé se joint sans heurts à cette musique aux racines non-occidentales très profondes. C’est tout à l’honneur de l’artiste montréalaise.
À noter qu’il a fallu faire des compromis et des ajustements importants au santour et à la harpe pour pouvoir créer un espace sonore cohérent. Le santour a son propre système de tuning et la harpe ne joue pas les microtons. Amiri et Pagé en parlent dans l’entrevue mentionnée plus haut.
Malgré ces différences techniques, la complémentarité des instruments est remarquable. La résonance ample et veloutée de la harpe se love agréablement aux sonorités plus piquantes du santour, et à la granularité organique des tablas. Le résultat final est une caresse auditive papillonnante dotée d’un supplément d’âme, et d’intelligence artistique.
Il s’agit probablement du premier trio de l’histoire fusionnant ces trois instruments en un seul langage coloristique et harmonique. L’expérience est convaincante. On souhaite qu’elle perdure longtemps et qu’elle nous offre des performances live bientôt, et d’autres belles créations du genre dans l’avenir pas trop lointain.






















