L’excellent spectacle de la mi-temps du Superbowl de Bad Bunny a ouvert beaucoup d’oreilles et d’esprits à la culture portoricaine, mais également latine. Un mini-concert presqu’uniquement en espagnol, qui a, très subtilement, démontré la résilience des Latinos de toute l’Amérique, pas seulement des États-Unis.
Mon collègue Alain Brunet a très bien décrit l’importance de ce moment, dans un article précédent. J’aimerais profiter de ce moment d’ouverture pour vous inviter à écouter davantage la musique latine actuelle, qui a atteint une diversité et une richesse incroyable dans la dernière décennie.
Si vous me lisez à l’occasion, vous aurez constaté que je fais régulièrement des critiques et recensions d’albums et de concerts issus de l’univers latin. J’en ai fait une spécialité, bien que je me considère parfois comme un imposteur: je ne suis pas d’origine latine. J’ai vécu deux ans au Brésil et parcouru une grande partie de l’Amérique latine au cours des dernières années.
Je parle un mélange de portugais et d’espagnol, très imparfait. Mais j’ai été profondément interpellé par toutes les musiques que ces séjours m’ont permis d’entendre. Et je le suis plus que jamais, à l’heure ou Bad Bunny, Rosalia, Natalia Lafourcade, Shakira et Ana Tijoux, entre autres, sont devenus des phénomènes mondiaux. Et derrière, on en trouve des centaines, voire des milliers, qui font des tas de musiques: de la norteña, du Mexique, à la cumbia, de Colombie, jusqu’au rock, au trap et à l’électro.
Bien sûr, beaucoup d’entre nous connaissons la salsa cubaine, la bossa nova brésilienne, le tango argentin, le fado portugais, le flamenco espagnol. Mais il y a tellement d’autres formes et de métissages entre traditions et modernité. Les mélanges constituent une grande force de ces musiques aventureuses.
A Puerto Rico, comme Bad Bunny nous l’a rapidement démontré, il y a une infinité de genres au-delà du reggeatón. La jibara, la danza, la bomba et la pena, que j’ai entendu abondamment en Floride dans des événements électoraux de cette communauté, à titre de journaliste. Des percussions infinies. On trouve aussi des groupes rap très engagés, qui résonnent dans toute l’Amérique latine. Calle 13 est un groupe fascinant, plus sombre que Bad Bunny, mais complémentaire. De même que Residente, un des membres fondateurs du groupe, qui a une carrière solo très riche.
Dans le Cône Sud, on trouve une tradition rock qui remonte aux années 80, qui aujourd’hui, se mélange avec le folklore, le tango, le hip-hop et l’électro. Très fertile!
Le Brésil est une planète musicale en lui-même, incroyablement diverse, qui va bien au-delà de la samba et de la bossa. Je viens d’écrire une recension sur un album qui réunit un jazzman, un rappeur et un chanteur pop du Cap-Vert qui réinvente le R&B. Un métissage de genres fabuleux.
Le Portugal a aussi un écosystème contemporain captivant, ou les anciennes colonies africaines croisent les guitares portugaises et les synthés.
Que dire du Mexique ? De l’Espagne ? De la Colombie ? Et du Québec, qui compte de plus en plus d’artistes bi-culturels ou immigrés, qui tissent une toile latine touffue qui enrichit notre musique. Lapeluda, Boogat, Maritza, Less Toches et tant d’autres.
Vous ne parlez pas espagnol ou portugais ? Laissez-vous imprégner par ces sonorités distinctives. Parfois, la musique n’est qu’instrumentale.
Muchas gracias à Bad Bunny pour avoir ouvert cette fenêtre (ventana) sur cet univers pluriel, dont on n’a pas fini de parler dans nos pages.























