أحمد [Ahmed] : ils sont quatre musiciens du Royaume-Uni, saxo alto, piano, contrebasse, batterie. Après s’être fait un nom avec des reprises à leur manière du contrebassiste méconnu Ahmed Abdul-Malik et avoir enregistré une demi-douzaine de ses titres, voilà que le quatuor s’attaque à l’œuvre de Thelonious Monk pour le passer à sa moulinette, que je vais tenter d’illustrer.
Ils ont commencé par énoncer une partie du thème de la pièce Evidence. Je dis bien une partie. Rapidement, cette bribe – dans laquelle on retrouve un concentré des inflexions de Monk – est pour ainsi dire atomisée, dynamitée et se retrouve pulvérisée en shrapnels, que le saxo se met alors à triturer, à permuter de toutes les façons possibles pendant que le batteur propulse la musique, appuyé par un contrebassiste qui au cours de l’heure qui va suivre ne fera que battre la mesure en pinçant ses cordes et un pianiste qui plaquera tout aussi inlassablement les mêmes notes tout du long.
On se retrouve avec d’une part, un matériau mélodique restreint, lequel sera fouillé et permuté à une cadence trépidante soutenue jusqu’à plus soif pendant que la section rythmique continue imperturbablement à avancer, bien que cela ressemble davantage à du sur-place. Réduit à presque rien le thème de Monk tourbillonne sur lui-même comme des électrons autour de leur noyau ou un papillon de nuit qui tourne obsessivement autour d’une ampoule électrique.
Est-ce en raison de la minceur du matériau musical ? Du fait que le piano et la contrebasse se limitent aux mêmes gestes avec des variations certes, mais infinitésimales ? Toujours est-il qu’au lieu d’être happé par la musique ainsi générée (ce n’était pas la première fois que je m’exposais à la manière [Ahmed]), je reste sur la touche, spectateur, incapable de prendre part à la liesse.
Et je ne suis pas le seul. Interloqué par ma réaction, j’ai sondé un peu le public à la sortie de la salle et j’ai été bien surpris par certains commentaires. Je n’irais pas jusqu’à dire que la salle était divisée sur la question, mais elle était loin d’être unanime.
Supercherie ? Imposture? J’ai beau ne pas y prendre plaisir, il y en a un joli paquet qui ont raffolé. Chose certaine, cette approche suscite des réactions et, ne serait-ce que pour cette seule raison, mérite qu’on s’y attarde en écoutant avec attention l’ensemble de la démarche.
Quelques mots en terminant sur la performance du pianiste d’Ahmed, Pat Thomas, qui s’est produit la veille en solo:
Pat Thomas fait partie de ces musiciens plus ou moins autodidactes ayant développé un monde sonore bien à eux, avec une patte, une griffe, mais aussi une fraîcheur par l’absence de prétention et une volonté constante d’exploration ludique. Avec une gestuelle tantôt tachiste, tantôt échevelée, mais toujours tournée vers l’avant, des surprises à chaque tournant.
L’exercice du récital de piano de musique improvisée en solo est un exercice périlleux puisqu’il s’accompli sans filet. Généralement, ce sont les musiciens qui s’y livrent à fond qui s’en tirent le mieux. Et dans le cas de Pat Thomas, on retrouve à la clé, une sincérité, une transparence qui font oublier un côté parfois un peu pataud de son art brut.

![FIMAV 2026 | أحمد [Ahmed] soulève le débat](https://panm360.com/wp-content/uploads/2026/05/Ahmed-live-500x500.jpg)





















