Leaf est un label basé en Nouvelle-Écosse qui présente majoritairement du contenu canadien. Occasionnellement, comme c’est le cas ici, il sert de courroie de transmission pour des productions européennes pour lesquelles il fait la distribution. L’orchestre de Mannheim représenté dans cet enregistrement focalise son attention sur le riche patrimoine musical associé à la Cour de cette petite ville qui fut l’un des centres artistiques les plus dynamiques du 18e siècle.
L’École de Mannheim, comme on l’appelle, a été une expression artistique influente qui a contribué à l’avènement du style classique de la fin des années 1700. Mozart admirait l’effervescence culturelle de Mannheim et y avait des amis. C’est d’ailleurs là qu’il fera la rencontre de sa femme, Constanze Weber.
Des compositeurs brillants y ont officié, en y créant des œuvres excitantes tant dans la symphonie, le concerto, l’opéra, la musique sacrée et la musique de chambre. Christian Cannabich (1731-1798), que Mozart qualifiait de meilleur chef d’orchestre qu’il ait jamais rencontré, était l’un d’entre eux. Il a écrit beaucoup de musique,e t on peut en entendre ici et là sous différents labels. Ce Ceyx et Alcyone basé sur les Métamorphoses d’Ovide est peut-être le premier enregistrement de ce ‘’ballet narratif’’. Du moins n’en ai-je pas remarqué d’autres. On y raconte sous forme d’alternance entre textes d’Ovide narrés et épisodes instrumentaux (qui étaient dansés ou mimés), l’histoire d’amour de Ceyx et Alcyone. Après un naufrage qui ramène le corps de son mari sur la côte, Alcyone se jette à la mer pour le rejoindre dans la mort. Neptune, touché par l’amour sincère d’Alcyone, ressuscite les deux amants et organise une grande fête dans son palais sous-marins, en leur honneur.
Cannabich y déploie une orchestration lumineuse et colorée, où se mêlent des influences cosmopolites (pour l’époque), le lyrisme italien, la clarté française et parfois la complexité germanique. À force d’effets sonores (machines à vent, plaques de métal pour le tonnerre, et l’ensemble de l’orchestre utilisé de façon expressionniste) et de mélodies efficaces, il réussit à créer un drame qui devait être tout à fait spectaculaire au 18e siècle. On ne peut qu’imaginer l’émerveillement du public de l’époque, qui devait ressentir cette expérience un peu comme un blockbuster moderne de l’Univers Marvel sur les spectateurs d’aujourd’hui.
L’orchestre dirigé par Anders Muskens lâche les gants et ne retient aucun coup pour redonner vie à cette musique souvent saisissante. Le narrateur João Luís Veloso Paixão offre une performance théâtrale ampoulée mais appropriée pour le sujet.
Une rarement entendue Ouverture Hamlet de Georg Joseph Vogler (1749-1814) complète le programme. On y entend des effets surprenants comme des glissandos qui, on le suspecte, représentent l’esprit torturé du personnage shakespearien.
Un album qui nourrit le plaisir d’exploration des mélomanes curieux. Bonnes interprétations et belle prise de son.























