Art Decade fait référence à une décennie musicale, les années 1970, riche en créativité dans le rock, particulièrement la mouvance Art Rock et ses ramifications Prog. Ici, le clarinettiste Ziporyn (de Bang on a Can, entre autres) se joint à l’ensemble torontois ContaQt, spécialisé en musique contemporaine croisée avec les genres vernaculaires, pour stimuler des reconstructions chambristes de chefs-d’oeuvre signés David Bowie, Harold Budd et Robert Fripp (King Crimson).
Les arrangements réalisés à quatre mains par Ziporyn et Jerry Pergolesi, percussionniste de ContaQt, ne cherchent pas à créer une ‘’traduction exclusivement acoustique des paysages acoustico-électriques d’origine. Piano, rhodes et orgue voguent avec guitares électriques, violoncelle, violon, contrebasse, percussions, trompette, batterie et bien sûr la clarinette de Ziporyn, dans des étendues ondoyantes et généralement pacifiques de sonorités délicatement imbriquées. Par exemple, Moss Garden de Bowie (deux fois plus longue que l’originale) nous rappelle ici les liens précurseurs de cette musique avec l’explosion New Age (généralement bien moins étoffée) des années 1980. Neuköln, encore de Bowie, demande à Ziporyn quelques envolées actives qui font de toute évidence référence à la population turque, bien présente dans le district berlinois de Neukölnn. En cela, Ziporyn fait écho au saxophone joué par Bowie lui-même dans la pièce de l’album Heroes. En comparant les deux, on remarque que la clarinette apporte dans cet arrangement un sentiment plus apaisé, plus coloristique que l’expressionnisme du saxo de Bowie. Une autre vision, certes, mais très séduisante.
Bowie est représenté par trois titres, tout comme Fripp, alors que le très planant Harold Budd est joué une fois avec Not Yet Remembered.
C’est la musique de Fripp qui génère les seules véritables turbulences sonores de l’album, surtout Lark’s Tongue in Aspic. Le thème insistant est soutenu par des guitares robustes et coloré par un solo de violon efficace de Sarah Fraser Raff. Une version certes propre de cette pièce culte, mais pas vilaine du tout. Le groupe conclut le programme en revenant à l’esprit détendu du reste de l’album, avec une lecture souple et aérienne de Evening Star, toujours de Fripp. Les ondulations fugaces de la clarinette et du violon sur la légère brise des instruments électriques créent un effet très séduisant, presque féérique. Peut-être la plus belle réussite du programme.
Un hommage à la fois respectueux et personnel à la musique rock d’avant-garde d’il y a quelque 50 ans.























