Klô Pelgag était au MTelus samedi pour nous présenter de nouveau Abracadabra, deuxième représentation de son lancement produit à guichets fermés en mai dernier. Sans surprises, c’est dans une salle débordante que cette supplémentaire a trouvé son erre d’aller, dernier grand spectacle pour Klô à Montréal en 2025. La soirée se déroulait parallèlement dans le dernier droit du Coup de cœur francophone.
Fiat Lux, un choix esthétique en soi
Klô aime expérimenter. Brasser. Innover. Il allait de soi que la personne qui la devance, soit dans cet esprit. Qui d’autre aurait pu aussi bien porter ces chaussures que le guitariste René Lussier, un vieux de la vieille qui s’inscrit dans le courant de la musique actuelle québécoise depuis des décennies. Sa musique est un mélange complexe de textures et rythmes, et son collaborateur, le batteur Robbie Kuster (Patrick Watson, etc.) nous offrent leur projet Fiat Lux.
Ce choix esthétique d’offrir une aussi grande scène à un projet aussi niche est une proposition en soi. Elle permet de jeter un éclairage sur ce qui se passe à l’ombre des grands réseaux de diffusion.
L’expérimentation est cruciale pour une communauté si elle veut innover, aussi bien lui laisser une place pour la remercier d’occuper le chantier de la création.
Le rêve collectif de Klo Pelgag
Une heure trente de chorégraphies, de lumière, de contrastes musicaux et de décors rocambolesque : voilà à quoi s’attendre lorsqu’on assiste à un spectacle de Klô Pelgag. Ça renforce cette idée de participer à un grand rêve collectif, qui s’enchaîne par un emboîtement de tableaux dont l’artiste a le secret.
Si chaque chanson a sa couleur, Klô fait de ces couleurs des univers complets. Elles deviennent chacune une petite pièce de théâtre. Les pianos étant juchées sur des plateformes roulantes, les musicien.ne.s ne sont pas contraint.e.s par une disposition précise, ce qui ouvre le champ des possibles. Parfois en formation circulaire, parfois linéaire, ou encore laissant Klô et son majestueux piano à queue au centre de la plateforme. Derrière, un écran cristallise l’ambiance : jeu d’ombres avec une lampe de poche, écran rose, jeu de lumières qui contournent l’écran, projection de style années 2000.
Deux moments sont à retenir : celui où Klô exécute une pièce complète au parterre, au centre du public, perchée sur les épaules d’un gardien de sécurité. Seule dans ce bain de foule, elle a l’air d’une statue romaine, une œuvre d’art qui détourne tous les regards. Ensuite, celui où, seule sur scène, elle interprète Comme des rames, d’une manière beaucoup plus épurée que sur la version studio, c’est-à-dire, avec comme seule accompagnement, son piano à queue et le chant du public.
Klô cultive l’art d’émouvoir, que ce soit par des moyens maximalistes avec d’extravagants décors/projections/instrumentation, ou par un simple trémolo émis dans le dénuement acoustique. Au milieu du spectacle, elle tente un dialogue avec le public : « Vous, de quoi êtes-vous fiers ? » Suite à quoi, elle ajoute : « Je suis fière de ne pas avoir abandonné. » Après deux M Telus complets en l’espace de six mois, on se dit qu’une génération entière aurait perdu gros si elle avait renoncé en chemin.
Sa démarche, nécessaire, est inspirante. On l’espère, Klô encouragera encore et encore les artistes à repousser les limites, comme elle le fait si bien.























