La Maison symphonique reconnaît les ondes du Catalan Jordi Savall, qui vient régulièrement y proposer ses rencontres historiques entre musique baroque, musique méditerranéenne et aussi celles de tous les continents.
Encore en pleine possession de ses moyens, le musicien proposait samedi un programme modifié par rapport à ses intentions originelles parce que des artistes prévus dans cette production n’avaient pu obtenir de visa.Forcément, le projet s’en est trouvé fragilisé mais pas au point de décevoir le public, qui a acclamé le violiste, chef de choeur et chef d’orchestre, jusqu’au rappel avec un air très prisé des Nord-Américains, Amazing Grace.
Chant, batailles et danses de l’Ancien et du Nouveau Monde, 1110-1780 fut l’occasion de fondre les chants et danses de l’Afrique et de l’Amérique coloniale, du Pérou à la communauté Xhosa en Afrique méridionale. Ce programme était fondé sur une contre-proposition aux conquêtes occidentales, aux oppressions engendrées et aux inégalités encore criantes entre nations riches et pauvres, entre colonisateurs et colonisés, entre maîtres et esclaves.
Chants d’esclaves, chants autochtones ou encore blues afro-américain se sont fondus dans le répertoire baroque et ancien, assorti des instruments d’époque comme c’est toujours le cas chez Jordi Savall depuis les débuts de sa carrière.
À défaut de travailler avec les artistes prévus n’ayant pu traverser la frontière, le choeur La Capella Reial ( deux sopranos, deux ténors, un contre-ténor et une basse) et l’ensemble Hespèrion XXI (flûtes, cornet à bouquin, chalemie, sacqueboute, douçaine, violone,théorbe, harpe paraguayenne, percussions, violes de gambe soprano, ténor et basse), ont accueilli sur scène des artistes des Amériques Neema Bickersteth (Canada), Yannis François (Guadeloupe), sans compter Ada Coronel et Ulises Martinez (Mexique).
Les chants latino-américains, afro-américans et sud-africains ont ainsi été cousus à l’étoffe catalane, courte-pointe dont seul Jordi Savall a le secret. Les éléments baroques et antiques du programme en ont été le socle, comme c’est habituellement le cas dans ses productions. On aurait aimé l’ajout de percussions africaines ou afro-descendantes dans le contexte, ç’aurait été le cas si les visas des absents avaient été obtenus dans les délais souhaitables.
Le maestro avait prévu 4 parties distinctes : Foi et guerre dans l’Europe médiévale et de la Renaissance, où la polyphonie vocale de la Renaissance est incarnée par le compositeur médiéval Josquin des Prés. La deuxième partie était consacrée au dialogue des cultures dans le Nouveau Monde avec notamment des œuvres de Gaspar Fernandez et illustre la rencontre du conquérant évangélisateur, de ses esclaves africains et des populations autochtones. La troisième partie illustrait la spiritualité des esclaves et le syncrétisme qui s’ensuivit. Enfin, la dernière portion du programme était consacrée au Codex Trujillo, un répertoire très précieux de musiques recueillies au Pérou à la fin du 18e siècle.
On ne peut conclure à un concert d’exception vu la reconfiguration de ses participant.e.s, ce qui en a un tantinet amoindri la substance, mais plutôt à la continuité créative et fluide d’un maître encore alerte et passionné par son sujet. Univers infini de découverte que celui de Jordi Savall, à qui l’on souhaite encore de longues années de musique.























