Le cycle The Viola in My Life de Morton Feldman est constitué de quatre œuvres indépendantes écrites pour des combinaisons instrumentales plus ou moins importantes ayant en commun la présence de l’alto en tant que soliste. La musique est construite sur un lyrisme abstrait et contemplatif . On reconnaît immédiatement la méthode Feldman, faite de motifs répétés, façon école minimaliste, mais pas de façon pulsée, ni avec un ancrage tonal solide. Les motifs sont soutenus et se déploient lentement. L’œuvre date de 1970-71, et est ainsi l’une des premières dans le style qu’allait développer le compositeur par la suite.
On remarque un développement instrumental et narratif plus élaboré que dans les autres chefs-d’œuvre qui viendront ensuite comme Piano and String Quartet de 1985, où le matériau est épuré à l’extrême. Ainsi, plutôt que de nous plonger dans une transe hypnotique minimaliste, Feldman et Tamestit nous guident dans un jardin sonore fait d’étonnements toujours vifs. L’attention requise, pour bien apprécier l’ensemble, ne souffre pas la passivité.
Antoine Tamestit, qui a lui-même fait de l’alto le centre de sa vie assez tôt dans sa carrière, s’imprègne très bien de cette écriture archi intimiste. Il insuffle une grande force murmurée dans cette partition tissée comme un toile arachnéenne faite uniquement de volutes passagères. Dépendant du mouvement dans le cycle, il est accompagné par un piano, une flûte, un violon, un violoncelle, des percussions et même un orchestre, et ce avec la même douceur et la même concentration sur la gracilité des gestes.
Un album incontournable pour ceux et celles qui recherchent de la musique moderne d’une finesse inégalée.























