Sisso & Maiko ont offert à la S.A.T. un spectacle inédit dans l’univers de la musique électronique. Initiateurs du nouveau son Singeli, les producteurs tanzaniens ont non seulement inventé un genre entièrement nouveau, mais aussi une nouvelle façon d’appréhender la musique électronique, du moins ici en Amérique du Nord. Son originalité est comparable à celle du Baile Funk, mais Singeli est encore plus éloigné culturellement, créant son propre univers sonore insulaire. Soutenus par le label de musique expérimentale ougandais Nyege Nyege, Sisso & Maiko incarnent cette nouvelle vague musicale qui rompt avec les stéréotypes musicaux africains. Leur son est une incarnation technologique de la danse elle-même, où le corps est l’instrument final d’une chaîne de création numérique.
À la première écoute, les rythmes peuvent paraître écrasants et répétitifs, mais c’est là tout l’intérêt, et avec le temps, cette impression s’estompe pour laisser place à une joie extatique. À travers la danse, le corps se fond dans l’étrange géométrie des rythmes inspirés du Mchiriku, les oreilles apprivoisent les sirènes percussives des claviers Casio vintage, comme une sorte d’embellissement caricatural. Le son de Singeli est riche, mais aussi peu sérieux. Après deux chansons, nous étions conquis, non seulement par la singularité du son, mais aussi par le sens du spectacle qui a progressivement transformé la foule initialement éblouie en fans.
Que ce soit les yeux bandés, jouant du clavier avec les pieds ou enlevant leur torse pour danser une Chura dans la foule, Sisso et Maiko ne se privaient pas une seconde de s’amuser. C’était contagieux. Ils auraient pu jouer toute la nuit sans que nous ayons vu le temps passer. Et à force de danser, de sauter et de courir, notre fatigue était transcendée. Mes recherches m’ont rappelé l’origine du son Singeli, qui se trouvait dans les soirées Kigodoro, Kigodoro signifiant « petit matelas de mousse », car les danseurs s’effondraient après des nuits blanches. Si le spectacle n’avait pas été interrompu à 1 heure du matin, on imagine aisément à quel point même un morceau de carton aurait semblé confortable à 7 heures.























