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POP MTL | Fat Dog sous cocaïne, et escapades velouriennes

par Sami Rixhon

Il y a des musiciens qui s’écoutent mieux en albums. Logique, certains sont plus à l’aise en studio. Et d’autres, par contre, sont meilleurs sur scène. C’est sur les planches qu’on les découvre sous leur meilleur jour. Fat Dog fait partie de cette deuxième catégorie.

Groupe de la scène londonienne formé récemment (formé pendant la Covid, en fait), Fat Dog, visiblement, impressionne tous ceux qui les voient sur scène depuis le lancement de son premier album, WOOF., sorti l’année dernière.

Des commentaires trouvés sous cette vidéo d’Anthony Fantano parlant de l’album (et lui accordant 7/10) confirmait la tendance, tout comme le bouche-à-oreille global d’Internet.

Ça intrigue, il faut bien l’avouer.

Les Anglais montent sur scène aux alentours de 22h40, après deux premières parties, alors que le début du spectacle était annoncé pour 20h sur le site de POP Montréal. Désolé de faire un Patrick Lagacé de moi, mais quand Madame attend sagement à la maison, et que la game des Canadiens est passée, ça irrite de perdre de son précieux temps un samedi soir.

Bref.

Fat Dog, à six, gagne la scène sur Vigilante, alors que le claviériste du groupe arbore fièrement un grand drapeau du Canada, qu’il remontrera à de nombreuses reprises vers la fin du spectacle. Bon, on aurait certainement préféré un drapeau du Québec, le blanc se marie bien mieux au bleu qu’au rouge, mais c’est déjà pas mal, on salue l’effort.

Fat Dog tricote dans un post-punk bien plus axé sur l’énergie qu’autre chose (à la manière Viagra Boys), avec une certaine dose de technique de la part des instrumentistes et, étonnamment, des airs parfois moyen-orientaux qui enrichissent une musique pas forcément des plus éclectiques.

Parce qu’il faut l’avouer, Fat Dog, ce n’est pas de la grande musique savante. Ça ne réinvente pas la roue d’une quelconque manière, ça ne se veut pas révolutionnaire. Mais mon Dieu, d’un autre côté, que c’est diablement jouissif.

Si vous êtes dans le fond de la salle, vous allez constamment hocher de la tête, obligé, et si vous êtes à l’avant, vous serez plutôt pris dans un mosh pit qui n’arrête jamais.

Le chanteur de Fat Dog, Joe Love, a l’air complètement explosé par toutes les substances du monde à la fois. Mais même intoxiqué, nonchalant à souhait, il parvient à faire lever la salle. La Toscadura semble tellement rudimentaire comme endroit qu’on a l’impression que le sol va s’écrouler face à l’enthousiasme du public.

À (re)voir lors de leur prochain passage à Montréal.

Wouf!

Ça ne décolle pas en première(s) partie(s)

Ce sont les Montréalais de Fresh Wax qui ont ouvert le bal de la soirée, vers 20h30. Le duo (un bassiste et un batteur) s’occupe à deux des parties rythmiques, mélodiques et des basses de sa musique, à la manière de Royal Blood. Leurs chansons, par contre, sont plus lourdes et mathématiques, se rapprochant des sonorités des premiers groupes de post-rock des années 90, saupoudré d’un mixage des micros à la Robert Smith, bien distant.

Ça ouvre correctement la soirée, mais sans plus, la musique est trop décousue pour être réellement très appréciable.

Le suivant, Godly the Ruler, musicien.ne américain.ne non-binaire, a proposé un set plein de tonus, mais qui n’a pas installé une ambiance aussi folle que celle entrevue pendant la performance de Fat Dog.

L’artiste base aussi la quasi entièreté de son univers sur l’énergie, iel ne jurant que par les « blood, sweat and tears », de ses mots. Mais là est le risque : sans une réponse nette et enthousiaste d’un public, la performance d’un Godly the Ruler est tout de suite entachée, elle ne rend pas l’effet escompté.

Et pourtant, la musique n’est pas mauvaise. Godwill Oke, de son vrai nom, m’a rappelé le fougueux Tyler, the Creator des débuts de sa carrière, piochant dans le plus agressif de Goblin et dans le plus bruyant de Cherry Bomb.

Velours Velours est en bonne compagnie

Il était environ 23h30 quand Fat Dog nous a quittés, sur son succès Running. Pas loin de là, à l’Espace POP, au-dessus du P’tit Ours (ancien Ursa), Velours Velours s’adonne à un sacré défi. Du 27 septembre midi au 28 septembre midi, l’artiste gaspésien, installé 24 heures dans une même pièce, devait, à chaque fois qu’une personne sonnait une cloche à côté de lui, jouer sa chanson La fin. Et cette chanson-là uniquement. Même à 2h matin, même s’il est terriblement fatigué. Ce sont les règles du jeu. C’est extrême, et ça rappelle fort cette performance de The National donnée il y a 12 ans.

Ça valait bien une petite marche pour aller voir ça de mes propres yeux.

J’entre dans la pièce alors que Velours Velours est en pleine performance de La fin, mais dans une version féline, tous les mots étant remplacés par des « miaous ». L’artiste est accompagné par un chœur du nom de La chorale des parcs. Velours Velours se fait, en fait, visiter par de nombreux collègues musiciens et amis tout au long des 24 heures. Histoire de varier un peu sa chanson, lui donner des couleurs différentes selon l’invité. Parce que, sinon, à la guitare-voix pendant 24 heures sans arrêt, ça risque de tourner un peu en rond.

L’Espace POP ressemble, pour l’occasion, à une chambre. L’éclairage est chaleureux, et les personnes rassemblées pour l’écouter sont souriantes, assises en indien tout autour de lui, et particulièrement silencieuses.

Velours Velours, à la fin d’une interprétation de sa chanson, en se levant, accroche par accident lui-même la cloche. Elle sonne, ce qui l’oblige à s’attaquer à une nouvelle version de La fin. Le visage mi-amusé, mi-désespéré, Velours Velours doit donc s’y remettre, les pauses ne règnent pas en maître par ici.

Et c’est reparti pour un tour!

Crédits photo de Fat Dog et Godly the Ruler : Pierre Langlois

Crédits photo de Velours Velours : Charles-Antoine Marcotte

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