Ce n’est pas souvent que les communautés africaines, aussi diverses soient-elles, et la communauté haïtienne se retrouvent dans le même espace pour un spectacle. Eh bien, c’était le cas hier soir, lors du concert au Balattou mettant à l’honneur l’artiste haïtien Jean Jean Roosevelt et son invité spécial Ballaké Sissoko, un virtuose de la kora originaire du Mali.
La soirée a d’abord débuté avec un volet solo de Jean Jean Roosevelt en mode guitare-voix, durant lequel il a joué « Dessine ta destinée ». Clairement, son fan club était bel et bien présent au Balattou puisqu’on les entendait chanter sur les morceaux les plus populaires de l’artiste comme « Agoye » ou encore « Acclimatisation ».
« Ce soir, je ne suis pas seul, j’ai l’honneur d’accueillir Ballaké Sissoko », annonce-t-il devant une salle en ovation, avant d’entonner « L’Île de Gorée ». Très humblement, le maitre de la kora s’est installé devant son instrument, avant de le mélanger à la guitare de Jean Jean. Le temps était suspendu, le silence régnait dans la salle de spectacles, mis à part quelques spectateurs bruyants qui dérangeaient leurs voisins à proximité.
À plusieurs reprises, Jean Jean faisait participer le public qui se prêtait plutôt bien au jeu. Il est l’un des rares artistes qui a contribué au rapprochement entre les peuples africains et le peuple haïtien. Cette initiative en est un exemple concret. On sentait la complicité entre les deux artistes et par moments, Ballaké émettait des sons comme « yeah », lorsque Jean Jean chantait, semblant approuver ce qu’il entendait.
Puis, est venu le tour de Jean Jean de nous laisser avec Ballaké afin qu’il ait également son moment solo. Et c’était reparti pour une session de planage. Son doigté sur les cordes de la kora était tout à fait éblouissant et berçant à la fois, ses mouvements de corps allant aux rythmes des sonorités émises par son instrument.
Mon moment préféré restera la chanson dans laquelle il rend hommage à sa fille de 13 ans, Maimouna, née prématurément. On ne voulait pas que le morceau s’arrête et lorsque c’était le cas, la salle s’est mise debout pour une deuxième ovation.
« Derrière ce concert, il y a une femme qui a rendu tout cela possible. Elle connaissait Ballaké, elle nous a mis en contact, et aujourd’hui nous sommes là ! », nous a raconté Jean Jean entre deux chansons, avant de nous présenter une certaine Nadine.
Le concert a terminé avec un retour en formule duo des deux artistes, entre guitare et kora, et cette fois-ci Jean Jean avait deux micros à sa disposition passant de l’un à l’autre selon les effets souhaités. Dans la chanson « Libres ensemble », il insère d’ailleurs le lingala, la langue parlée en République démocratique du Congo, autre indicateur de la curiosité et de l’ouverture artistique de l’artiste. Il semblait d’ailleurs très ému après la chanson qui lance un appel aux Africains afin qu’ils visient Haïti. Il a terminé en force avec « Pinga » qui a fait bouger le Balattou avant de clôturer la soirée. Tous les amateurs de kora et de musique ouest-africaine en général étaient présents et se sont rués vers Ballaké Sissoko pour des photos alors que le fan club de Jean Jean se pressait pour aller saluer leur artiste préféré. On devrait avoir plus de ces espaces de communion entre l’Afrique et Haïti, plutôt que de les percevoir comme des silos. Une chose est sûre: Jean Jean Roosevelt sera un des précurseurs.
Crédit Photo: Peter Graham























