A/Visions se consacre généralement à des immersions interdisciplinaires où la musique, l’image vidéo, la scénographie et l’éclairage se fondent dans un tout. Cette fois, soit la dernière des six performances exécutées au Théâtre Maisonneuve au 26e MUTEK fut largement dominée par une musique d’exception menée par le Britannique Sam Shackleton, l’Indien Siddhartha Belmannu et le Polonais Waclaw Zimpel. Pur délice!
On ose croire qu’une majorité absolue de mutékiens.ne.s présent.e.s n’avaient pas fait l’expérience en direct de la musique classique indienne, encore moins de sa fusion avec l’électronique de pointe et le jazz contemporain. Trois mondes en un au service de l’élévation, avait-on observé à l’écoute délicieuse de l’album enregistré en 2023 par ces mêmes trois musiciens, In The Cell of Dreams.
La trame mélodique de cette heure et quart de très haute tenue se fonde sur la voix extraordinaire de ce chanteur basé à Bangalore, ville de science, de haute technologie et de culture carnatique (partie méridionale de l’Inde). Or le discours mélodique de Belmannu s’inspire de ragas hindoustanis (partie septentrionale) que lui enseignent son gourou hindoustani.
Les ragas ici évoqués sont des phrases mélodiques construites sur une charpente rythmique et un bourdon que produit normalement le tempura, sorte de petit harmonium utilisé dans la musique classique indienne. La puissance, le timbre, les échelles mélodiques, l’étendue du registre, la créativité improvisatrice, bref une grande virtuosité anime Siddhartha Belmannu, autour duquel ses comparses occidentaux honorent l’esthétique.
Car il s’agit bien d’une musique classique indienne modifiée, extrapolée, transgressée par ses contours qui viennent de l’Ouest; on n’y joue pas que des ragas mais aussi des compositions originales incluant des textes exprimés en anglais. Connu pour une grande diversité de référents et un souci compositionnel très au-dessus de la moyenne internationale, Shackleton fait ici preuve d’humilité en magnifiant le bourdon classique de la musique hindoustanie, car ses ornements polyphoniques se montrent discrets et sortent rarement de la linéarité intrinsèque du drone. L’épaisseur et la consistance de ce bourdon inédit, force est de conclure, sont celles d’un maître.
De son côté, Waclaw Zimpel ajoute des sons de synthèse au drone magnifique et aussi étoffe cette musique d’un contrepoint mélodique d’une clarinette d’inspiration jazz. Voilà un équilibre exemplaire entre classicisme, tradition, vision contemporaine des musiques instrumentales et électroniques. Franchement top!























