En parcourant récemment une page Instagram d’archives (lastcallmtl), qui documente la scène musicale montréalaise entre 2005 et 2015, une continuité s’impose entre ces fragments du passé et les formes actuelles du club. On y reconnaît les germes d’une esthétique post-club encore active aujourd’hui, où les trajectoires artistiques se sont croisées, déplacées, transformées sans jamais disparaître. Sous le dôme de la SAT, le B2B entre Martyn Bootyspoon et Jacques Greene s’inscrit précisément dans cette filiation. Tous deux issus de cet écosystème montréalais en constante mutation, ils incarnent deux inflexions d’un même héritage.
Bootyspoon prolonge une énergie post-club faite de collision et d’excès contrôlé : sub-bass saturés, rythmiques fragmentées, edits vocaux absurdes. Le geste y est rapide, instable, traversé d’humour et de rupture, comme si le dancefloor devenait un espace de dérèglement joyeux. Jacques Greene explore à l’inverse une forme de densité émotionnelle plus contenue, où la texture prime sur la rupture. Sa musique construit des espaces immersifs, tendus entre mélodie, matière et résonance affective, où le club devient un lieu d’écoute autant que de mouvement. Ces deux approches se rejoignent sans s’annuler.
La spatialisation du dôme agit comme un tissu commun, les transitions deviennent des circulations, les contrastes des prolongements. Le son se déplace dans un espace qui ne sépare plus les esthétiques mais les relie. Ce B2B apparaît alors comme une mise en perspective de la scène dont ils sont issus. Une mémoire active du club montréalais, où les formes d’hier continuent de se reconfigurer dans le présent du corps en mouvement.
crédit photo: Nina Gibelin Souchon























