Oiseau de nuit sur scène, d’Antoine Corriveau: effet bœuf !

par Simon Gervais

Fauve et féroce, Antoine Corriveau a effectué avec brio, au Ausgang Plaza jeudi soir, la rentrée montréalaise de son excellent Oiseau de nuit, album paru le 25 avril dernier. Un titre à l’image de l’homme, que l’on aperçoit souvent rôder dans les concerts et les événements musicaux avec sa dégaine de loup-garou. 

Timide d’abord, presque anxieux, il s’est présenté sur scène, affublé d’un grand manteau rouge et de lunettes étroites rappelant un peu des iggaak inuits. La formule est complète : guitare, basse, batterie viennent ajouter de la force au projet.

Le spectacle s’ouvre abruptement sur Moscow Mule — alors même que je sirote le mien — et s’enflamme graduellement jusqu’à l’ignition véritable durant la très sexy Interruption. À ses côtés, Cherry Lena, choriste talentueuse et charismatique, complète la formation et jette un peu de lumière sur le chant rugueux du ténébreux félin. Leur complémentarité scénique donne lieu à une ambiance à la fois rituelle et intime. On se sent un peu en famille, un peu entre curieux venus découvrir un matériel résolument énergique, plus que les quatre albums précédents.

« Ça fait quatre ans que j’ai pas fait de show, la dernière fois c’était pendant la pandémie et c’était un peu bizarre », confie-t-il avec une humilité nerveuse. Cette fragilité d’entrée de jeu rend d’autant plus éclatante sa transformation au fil du concert : le chat nous invite peu à peu à danser dans sa ruelle, et le sort est jeté. 

Sa voix caverneuse, d’outre-tombe, sert des pièces à la fois dansantes et narratives, à la cadence rap évoquant Dédé dans Belzébuth ou Leloup dans Johnny Go. C’est volontairement déroutant par moments, souvent accrocheur. La profondeur que l’on connaît d’Antoine Corriveau est maintenant habillée de puissants arrangements, d’attitude rock.

S’éloignant du son plus austère et aéré de ses débuts, Corriveau explore dans Oiseau de nuit un territoire groovy, densément texturé, teinté de jazz, de funk et de hip-hop. Une direction amorcée dans l’album précédent Pissenlit paru il y a cinq ans. 

Sous les stroboscopes rouges, ce matou a dansé et nous a fait danser, prouvant qu’en se réinventant, on peut renaître de ses ombres pour briller de plus belle au milieu de la nuit.

Photo: Compte Instagram Antoine Corriveau

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