jazz moderne / jazz vocal

FIJM | Samara Joy : repousser les limites du répertoire classique du jazz vocal

par Harry Skinner

Lorsque Samara Joy est montée sur la scène de la Maison Symphonique au milieu des sons théâtraux de sa section de cuivres, le moment était un peu pompeux. C’est le genre d’introduction qui peut facilement donner l’impression d’être complaisante si la personne qui fait l’entrée ne l’étaye pas par sa performance. Heureusement, il s’est avéré très rapidement que ce n’était pas le cas – les styles vocaux de Joy sont immédiatement captivants et reflètent un niveau de maturité que l’on entend rarement chez une artiste aussi jeune.

Le concert a débuté par une interprétation du standard Round Midnight de Thelonious Monk, Joy chantant les mêmes paroles que la grande Ella Fitzgerald, contrairement à celles qu’elle avait chantées sur le même morceau dans son album Linger Awhile (2022). L’arrangement, réalisé par le saxophoniste ténor Kendric McCallister, a fait passer le morceau par plusieurs grooves différents, en passant par des temps doubles, triples et quadruples pendant la section solo. Le style maximaliste de l’arrangement est presque ironique, sans jamais perdre le sens de la révérence à l’égard du morceau ou de ses innombrables versions classiques.

Les arrangements ont continué à convenir à l’ensemble et aux performances de Joy tout au long de la soirée, tandis que le groupe rendait hommage à d’autres grandes chanteuses du passé, à savoir Betty Carter et Billie Holiday. Il convient de noter les façons intéressantes dont la voix de Joy a été utilisée au sein de l’ensemble – dans plusieurs morceaux, elle a rejoint la section des cuivres pendant un shout chorus ou a pris un solo sans utiliser de syllabes scat, une façon rafraîchissante de faire ressortir la qualité lyrique de ses mélodies.

Ce qui impressionne le plus dans le chant de Samara Joy, c’est sa polyvalence ; elle possède une riche tessiture d’alto, mais ne craint ni ne faiblit dans le registre plus aigu de son instrument. De même, elle passe sans problème de passages rapides et rythmés à des passages lents et lyriques. Elle peut remplir une salle de concert d’une voix de tête ou baisser sa voix jusqu’au murmure sans rien perdre de son autorité mélodique ou rythmique. En fait, son phrasé léger et aérien rappelle celui de sa contemporaine Cécile McLorin Salvant (un talent générationnel à part entière). Un tel niveau de compétence technique et de musicalité chez une personne âgée de vingt-cinq ans est vraiment exceptionnel.

On ne tarit pas d’éloges sur Samara Joy et sa voix d’une maturité saisissante, mais c’est la cohésion parfaite de son groupe (composé du trompettiste Jason Charos, du tromboniste Donavan Austin, du saxophoniste David Mason, du saxophoniste ténor Kendric McCallister, du pianiste Connor Rohrer, du bassiste Paul Sikivie et du batteur Evan Sherman) qui a brillé lors de cette prestation. Tout au long du concert, les arrangements ont débordé d’idées sans pour autant submerger l’auditeur. Il est clair que quel que soit le membre qui arrange un morceau particulier, il y a une compréhension collective de la façon dont le groupe sonne. Il semble y avoir un désir de voir jusqu’où chaque chanson peut se plier, et la joie que le groupe prend à pousser chaque sélection à sa limite est palpable. Cette performance est à la fois une déclaration complète et un aperçu passionnant de ce qui attend la jeune génération du jazz.

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