Annie Clarke, St.Vincent de son nom de scène, a ajouté dimanche une pierre symphonique à son édifice. Vêtue d’un tailleur sobre et élégant, assorti de chaussures écarlates, elle a brillé de tous ses feux, de la première à la dernière seconde de cette superbe prestation.
St.Vincent a enchaîné ses classiques avec aplomb et autorité, enchaînant les solos de guitare et les mouvements de scène selon une gestuelle étudiée, le tout ponctué par les fastes orchestrations venues magnifier le tout.
Le charisme sensuel de l’Américaine ne fait nul doute, sa posture intellectuelle impressionne encore et se fond en toute fluidité dans son personnage rock, sexy, lesbien, électrique, incandescent. La complexité symphonique est ici au service d’une femme associée à la culture rock, très à l’aise dans ce contexte, en équilibre parfait sur le fil reliant les deux mondes.
Constitué de musiciens locaux, un orchestre d’une soixantaine d’instrumentistes a enveloppé la quinzaine de chansons au programme de la Maison symphonique sur les arrangements de Jules Buckley , Rachel Eckroth, Sam Gale, Jochen Neuffer, Peter Riley, Tom Trapp. Brillant.
Ces arrangements ne sont pas homogènes, on en observe les différentes signatures d’une chanson à l’autre, tantôt post-romantique, tantôt post-minimaliste, tantôt moderne, tantôt contemporaine. Au lendemain de la prestation, on écoute le tout récent album Live in London! et on conclut à une belle cohésion.
De manière générale, l’esprit des chansons y est étonnamment respecté, les guitares de la soliste y sont souvent mis de l’avant, la formation rock qui la soutient atteint un équilibre étonnant avec l’orchestre, On connaît la très grande difficulté à marier les esthétiques pop/rock et symphonique, ce qui est encore trop rarement réussi. Or, les arrangements sont ici variés et propices à l’expression rock, celle d’une des plus singulières à s’être imposée internationalement depuis l’âge d’or de l’indie rock.
Le répertoire symphonique de St.Vincent s’exécute sous la direction du maestro Britannique Jules Buckley, à qui l’on doit une foule d’expériences orchestrales adaptées à différents contextes et styles contemporains: pop culture d’aujourd’hui, jazz ou musique contemporaine. Le chef du désormais célèbre Metropol Orkest (un autre que celui réuni à la salle Wilfrid-Pelletier dimanche) ratisse large, de Patrick Watson à Louis Cole en passant par Emilie Claire Barlow et… St.Vincent.
Longtemps, les orchestres symphoniques ont bonifié les chansons populaires en en éliminant les aspérités et les affects. Ce qu’on observe aujourd’hui est fort différent : les arrangeurs de talent de notre époque ont saisi les enjeux de la pulsion rock, et nous en avions dimanche un exemple probant. Au service de St.Vincent.




















