période romantique

Festival de Lanaudière | Hamelin/Dover : la musique qui résonne

par Frédéric Cardin

Après avoir héroïquement sauvé le concert de l’OM du 27 juillet dernier (LISEZ MON COMPTE-RENDU ICI), le pianiste Marc-André Hamelin offrait hier soir le programme pour lequel il avait été appelé. Ça se passait à l’église de Mascouche, fort bien garnie pour l’occasion. On s’en trouve réjouis car la soirée fut belle. 

Hamelin a lancé le programme avec une sonate de Nikolai Medtner, celle en la mineur, op. 38 n° 1, « Reminiscenza ». C’est une pièce d’un seul trait d’environ 15 minutes et qui mélange habilement, comme c’est le cas avec Medtner, des élans romantiques rachmaninoviens avec une densité contrapuntique germanique. Cette sonate a ceci de peu usuel qu’elle fait partie d’un cycle plus vaste de huit ‘’mélodies oubliées’’ (reminiscenza), d’où le catalogage numéral. L’op. 38 no 1 est la plus vaste des huit, une véritable sonate en bonne et due forme s’étant étrangement trouvée insérée dans une suite thématique. Elle s’amorce avec une douce mélodie aux échos nostalgique avant d’être développée de façon de plus en plus touffue et agitée, puis de revenir à l’esprit de simplicité initial. Hamelin l’a portée avec force, bien que l’acoustique assez réverbérante de l’église ait flouté quelque peu les contours de l’œuvre. 

C’est ensuite le Quatuor étatsunien Dover, formé au Curtis Institute. Le groupe est solide et possède à son actif de nombreux enregistrements salués et récompensés. L’altiste habituelle, Julianne Lee, ne pouvait être présente, si bien qu’elle fut remplacée par … Pierre Lapointe. Non, bien sûr, pas celui entendu la veille avec l’OM sur le Mont-Royal, qui est chanteur. Plutôt un altiste canadien né à Hull et établi au Texas, qu’on connaît malheureusement peu ici. Le pauvre homme est presque impossible à trouver sur le web. Tapez Pierre Lapointe, ajoutez ‘’alto’’ ou même ‘’violon’’, et toute la place des résultats sera quand même prise par l’artiste pop québécois. M’enfin, comme dirait Gaston. Dommages car il a démontré de très belles aptitudes avec le reste du groupe. Solide techniquement, expressif, quoiqu’un peu éteint au niveau de la projection, sauf exception. 

Ainsi constitué, les Dover ont lancé le séduisant Quatuor à cordes n° 1 en ré majeur, op. 11 de Tchaïkovsky avec une pâte sonore un peu mince, presque acide. À fins de comparaison, écoutez le St Lawrence qui joue la même entrée, ce thème si puissamment lié à l’âme russe, et ressentez la rondeur du son, avec sa merveilleuse couleur sombre et profonde comme une abysse. Cette façon a ma préférence je l’avoue. Cela dit, les Dover se sont replacés peu après, et ont offert une lecture très chantante, particulièrement dans le superbe (et célébrissime) Andante cantabile, et dans le Finale, aussi bien trempé dans une énergie vitale convaincante. Les deux derniers accords auraient pu être un brin mieux retenus, moins précipités, mais le public est parti à la pause pipi en fredonnant allègrement l’inoubliable thème. 

Le morceau principal était le Quintette pour piano et cordes en fa mineur, FWV 7 de César Franck, réunissant Hamelin et le quatuor. Le quintette est une construction puissante, avec des passages qui donnent des frissons. Je pense surtout au deuxième mouvement, avec ses accords sublimes empreints de spiritualité poignante, voire de mysticisme transcendant. Ce ne sont pas tous les quatuors qui réussissent à recréer ce moment dans sa prégnance émotionnelle. Ni tous les pianistes qui s’y joignent avec la délicatesse voulue. Ce fut le cas hier, et donc un très beau moment de musique. Le mouvement final a été rendu avec une efficace fébrilité, portée par des articulations précises, bien que, encore une fois, un peu brouillées par l’ampleur résonnante de l’endroit. Ça me donne envie de vous conseiller, si vous étiez présent, d’aller écouter le même Marc-André Hamelin, avec un quatuor quatre étoiles (Joshua Bell, Pamela Franck, Nobuko Imai et Steven Isserlis) dans un enregistrement capté en concert à Verbier : la clarté des voix y est remarquable, ainsi que le propos dramatique de l’écriture, dans une prise de son beaucoup plus limpide que la projection in situ à l’église de Mascouche. Une différence qui se remarque.

Néanmoins, le feu expressif et la qualité de jeu des cinq musiciens sur scène ont donné au public présent un excellent concert de musique de haute tenue. Une ovation sentie a été accordée, à raison. 

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