Dominique Fils-Aimé est de passage à la maison pour deux jours, alors qu’elle poursuit une tournée internationale qui l’amènera en Europe en juillet, puis aux États-Unis en septembre.
Vendredi, le Théâtre Maisonneuve affichait complet. Montréal attendait son enfant prodigue avec bonheur, pendant qu’à l’extérieur, des milliers de personnes prenaient d’assaut la grande place où allait jouer Angine de Poitrine.
C’est ça le Québec d’aujourd’hui: une Haïtienne qui chante majoritairement en anglais et un duo Jeannois qui chante dans une langue que personne ne comprend. Et les deux font salle comble. De toute évidence, le Québec évolue plus vite que ses politiciens.
Dominique n’avait pas encore prononcé un seul mot que la foule l’acclamait. Le concert s’est ouvert (et s’est terminé) sur une chanson que sa mère lui chantait quand elle était enfant, conformément à son plus récent opus qui s’intitule My World Is The Sun.
Le spectacle est largement consacré à cet album, mais pas que. On entend aussi quelques chansons de sa trilogie d’albums précédents. Dominique Fils-Aimé nous emmène dans un voyage émotif, qui représente une journée ou un cycle temporel, dans lequel on est parfois apaisé, parfois choqué, parfois confus, avant de revenir dans le calme.
La chanteuse est entourée de six musiciens et d’une sonorisatrice qui est, en elle-même, un instrument supplémentaire, tellement elle utilise l’écho et la réverbération de façon brillante. Est-ce parce que nous nous trouvons au FIJM, les musiciens improvisent beaucoup plus que dans d’autres concerts auxquels j’ai assisté dans les années précédentes. Ce qui donne de forts jolis solos et donne du coffre à la musique.
Le concert est très construit, souvent les pièces s’enchaînent automatiquement, nous changeons de climat sans nous en rendre compte. Toutefois, quand elle s’arrête de chanter, Dominique est très volubile. Elle ressent vraiment le besoin de nous parler, de nous partager ses tranches de vie. Elle mentionne à plusieurs reprises qu’elle veut nous faire oublier nos mauvais moments, ainsi que le monde divisé dans lequel nous vivons.
La dernière partie du spectacle est quasi cinématographique, où on retrouve les arrangements plus dépouillés de ses disques, on entre presque dans une transe, avant de retomber avec l’interprétation d’une chanson de Francis Cabrel et de la berceuse maternelle.
Dominique nous a prévenu: pas de rappel, le concert se termine de lui-même. Excellente idée!
À la sortie, le public souriait, semblait comblé. Mon voisin de siège était impressionné. C’était sa première expérience Fils-Aiméenne.
Dominique Fils-Aimé construit sa voix, qui mélange le jazz, la soul, l’électro, ainsi qu’Haïti et son âme vibrante. Elle ne possède pas le registre vocal de Cécile McLorin Salvant, entendue dans la même salle, la veille. Mais elle ira loin, de façon différente. D’ailleurs, je suis convaincu que ces deux femmes libres, d’origine haïtienne, une de Montréal, l’autre de Miami, pourraient chanter ensemble.




















