Quatuor Molinari X Salle Bourgie | Échange Québec-Hollande, deux créations, quatre compositions, immersion vidéo

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : Musique de création

renseignements supplémentaires

Rentrée du Quatuor Molinari à la Salle Bourgie: un échange Québec-Hollande, deux créations, quatre compositions

Désormais constitué des interprètes Olga Ranzenhofer (premier violon et direction artistique), Antoine Bareil (deuxième violon),  Lyne Allard (altiste récemment admise au sein de l’ensemble) et Pierre-Alain Bouvrette (violoncelle), l’excellent Quatuor Molinari présente un premier programme cet automne, à l’invitation d’Arte Musica de la Salle Bourgie, avant de présenter ses quatre autres programmes au Conservatoire de musique de Montréal d’ici le printemps prochain. 

Le programme du mardi 27 octobre est spécial, en ce sens qu’il met en lumière quatre œuvres de compositeurs québécois et hollandais, dont deux créations. L’échange se fonde sur l’inspiration de tableaux de Guido Molinari et de Piet Mondrian, peintres célébrissimes de la modernité occidentale, en résulte l’exécution de quatre oeuvres dont deux créations, signées Denis Gougeon et Wilbert Bulsink, auxquelles s’ajoutent des pièces de John Rea et Guus Janssen. Ce programme est bonifié par les vidéos d’art du Néerlandais Udo Prinsen, ce qui lui confère des qualités immersives.

Contactée au sortir d’une répétition, Olga Ranzenhofer nous a généreusement  expliqué le tout!

INFOS ET BILLETS

PAN M 360: Premièrement, vous êtes à la Salle Bourgie. Pourquoi plutôt qu’au Conservatoire de Musique de Montréal ? 

Olga Ranzenhofer:  Ce n’est pas notre production, nous sommes présentés par la Salle Bourgie. Nous avons toujours quatre productions du Molinari au cours de l’année, au Conservatoire . Ça commence plus tard, en décembre. Dans trois semaines, on va présenter ce même concert à Bourgie dans quatre villes aux Pays-Bas. C’est un projet, un échange, un dialogue Québec-Pays-Bas. Notre programme est constitué de deux compositeurs néerlandais et deux compositeurs québécois, deux créations seront faites. Un Néerlandais et un Québécois. En plus, il y a un vidéaste d’art qui soulève l’intérêt de ce programme. On l’avait rencontrée sur un autre projet il y a quelques années à New York. On a développé ce projet-là ensemble.

Le projet est fondé sur des œuvres de Guido Molinari et de Piet Mondrian. Ainsi, on a demandé à un compositeur hollandais, Wilbert Bulsink, de composer une œuvre inspirée de Molinari, qu’il ne connaissait pas. Il a fait des recherches et il a écrit une œuvre inspirée de Molinari. Et j’ai demandé à Denis Gougeon de nous écrire une œuvre inspirée des toiles de Mondrian. Molinari et Mondrian, il faut dire, ont beaucoup de techniques et de choses en commun dans leur travail.  

PAN M 360:  Et le vidéaste Udo Prinsen s’inspire de Molinari et de Mondrian. 

Olga Ranzenhofer: Oui. Par exemple, dans l’œuvre de Gougeon en trois mouvements,  trois toiles de Mondrian qui inspirent le vidéaste. Il y en a deux  où c’est comme un parcours, c’est comme si on marchait dans la toile.  Il y a une bande noire qui sépare les couleurs dans des toiles de Mondrian. On est sur une route et à droite, il y a du jaune. Un peu plus loin, à gauche, il y a du rouge et on se promène dans la toile, c’est comme en trois dimensions. C’est vraiment très intéressant, ce qu’il a fait, inspiré par Mondrian. Le dernier mouvement de Gougeon s’inspire de Broadway Boogie Woogie, une peinture de Mondrian elle-même inspirée de la musique boogie woogie qu’il affectionnait lorsqu’il était  New York, à la fin de sa vie. 

Udo Prinsen s’est donc inspiré des deux peintres, il  travaille sur les quatre œuvres au programme, dont deux sont des créations, soit de Bulsink  (Quatuor no 2 ) et de Gougeon (Figures sonores),  auxquelles s’ajoutent les compositions de John Rea (Objets perdus) et Guus Janssen (Quatuor no 2 Streepjes). Streepjes veut dire bande, ça ne peut pas être plus molinarien et le vidéaste a aussi créé en s’en inspirant.

Pour Objets perdus de John Rea, il a décidé de faire un peu le parcours de la carrière de Molinari; on a des peintures figuratives, en passant par les noirs et blancs, les oeuvres avec les bandes verticales, les triangles, jusqu’aux dernières oeuvres inspirées de Mallarmé. Tout ça est projeté pendant que le quatuor  joue. Pour le Janssen, le vidéaste a vraiment créé une vidéo et on peut dire que ça comporte des couleurs molinariennes, bien que ce soit une création autonome.

PAN M 360: Les compositeurs seront-ils sur place?  

Olga Ranzenhofer: Oui, nous avons déjà organisé un événement avec eux à la Fondation Molinari. Mardi, avant le concert, à 18h30, il y a aussi une causerie à la Salle Bourgie.  

Le vidéaste Udo Prinsen est venu à Montréal l’année passée pour explorer les œuvres de Molinari. La Fondation lui a ouvert ses portes et montré des archives. De plus, il y a en Hollande une exposition à Amersfoort , le village natal de Mondrian, où la Fondation Molinari a envoyé trois œuvres en Hollande pour la durée de l’exposition. C’est vraiment excitant, c’est vraiment un très bel échange, d’autant plus que la musique est très intéressante et très variée. 

Dimanche, Bulsink nous a montré ses esquisses; il avait analysé les toiles de Molinari pour concevoir la structure de son quatuor. Il s’est vraiment plongé dans l’univers de Molinari. C’est vraiment intéressant. Ce projet a pris près de trois ans. Beaucoup de travail, et je pense que l’aboutissement va être vraiment très intéressant mardi.  Et Gougeon, c’est toujours un hit lorsqu’on joue ses œuvres. Nous sommes toujours excités de les jouer ou de les créer.

PAN M 360: Comment l’idée a-t-elle germé ?

Olga Ranzenhofer: Lors d’un événement à New York, on travaillait avec un saxophoniste canadien de jazz contemporain, Quinsin Nachoff, quatre vidéastes étaient impliqués, dont Udo Prinsen.  On avait passé une semaine ensemble, Udo a voulu nous connaître. Il est allé sur notre site web, et il a vu les toiles de Molinari, dont la chaise (une œuvre d’art) est le logo de notre concours de composition. Or, sur le siège de cette chaise, Molinari avait peint un Mondrian car il aimait beaucoup le peintre hollandais. Ça avait frappé le vidéaste. « Il faudrait qu’on fasse quelque chose», avait-il dit, toujours  à la recherche de nouveaux projets.  Et on a développé ça ensemble. J’ai alors eu l’idée de demander à un compositeur hollandais d’écrire en s’inspirant de Molinari, puis à un compositeur québécois d’écrire une œuvre inspirée de mondrian. Et ainsi de suite.

PAN M 360 : Parlons brièvement des compositions:

Olga Ranzenhofer: 

  • La pièce de  John Rea, Objets perdus, est répartie en 12 mouvements de plus en plus longs, avec de moins en moins de notes. C’est un parcours, avec beaucoup de jeu rythmique – les œuvres de John offrent toujours des défis rythmiques aux interprètes. Il s’était donné des contraintes en écrivant cette œuvre: à chaque mouvement, il enlève une note. À la fin, qu’est-ce qu’on a retrouvé ? Un thème d’un quatuor de Beethoven qui ressort en fragments. 
  • En faisant nos recherches, nous avons découvert  l’œuvre fascinante de Guus Janssen – Quatuor no 2 Streepjes. Le compositeur ne voulait pas juste écrire un autre quatuor, il voulait  faire quelque chose de différent. L’œuvre est presque complètement écrite en harmoniques naturelles, on doit chacun désaccorder une ou deux cordes pour avoir toute la gamme de notes en harmoniques naturelles. Bon,  y a quelques notes de temps en temps qui sont des notes pleines, c’est très intéressant. Il utilise aussi la technique du hoketus, du hoquet,  procédé de composition musicale fondé sur l’alternance rapide de notes, de mélodies ou d’accords entre plusieurs voix ou instruments, entrecoupés de silences. Dans cette œuvre, plus précisément, la mélodie passe d’un instrument à l’autre, tout en croches. C’est vraiment tout un défi d’obtenir la même articulation, il faut  vraiment se comporter comme un métronome, être très précis. C’est une œuvre vraiment très intéressante avec des couleurs transparentes parce que les sons sont floutés puisqu’il s’agit d’harmoniques naturelles.
  • Le Quatuor no 2 de Wilbert Bulsink est structuré en trois mouvements. Le premier mouvement s’est inspiré des toiles, des bandes verticales de Molinari. Il y a une thématique, un motif. Chaque couleur a un motif. Quand on change, on change très radicalement d’une couleur à l’autre, il n’y a pas de transition. Un regard fixe sur une bande, puis une autre suit. Ça passe de pianissimo (pppp) à un fortissimo, puis ça revient. Les éléments sont très découpés. Ça devient de plus en plus court. C’est vraiment un quatuor qui pose beaucoup de défis rythmiques. Beaucoup de jeux de couleurs ! Le deuxième mouvement est basé sur une toile de Molinari  de la série Continuum. C’est une toile faite de carrés et de rectangles, avec une proportion de deux par deux, deux par trois ou trois par deux, le compositeur s’en est inspiré en utilisant cette rythmique de deux contre trois. Toutes sortes de jeux rythmiques très complexes en ressortent. Ce qui est  aussi intéressant, c’est que c’est une œuvre très contemporaine mais avec une forme très classique. Par exemple, le deuxième mouvement est un rondo A-B-A-C-A. Le troisième mouvement est basé sur une autre toile de Molinari, Collage, utilisant le masking tape qu’il juxtapose; il  y a un peu de rouge, un peu de bleu, après ça, un peu de bleu et un peu de jaune… Ce qui  génère une espèce de flou qui inspire le compositeur car il utilise aussi ce flou avec des nuances. On s’attend à un certain thème, mais c’est une couleur, un accord très fort qui prend le devant. Tout à coup, il y a une espèce de transition: l’accord très fort disparaît peu à peu et la mélodie émerge. Quand on change de couleur, donc, il y a une espèce de transition. Ça s’appelle collage. Molinari avait collé ces bandes de masking tape l’une à côté de l’autre pour faire une toile, une sérigraphie et là, le compositeur utilise des matériaux des mouvements précédents, il a donc fait un collage aussi.  Pour le dernier mouvement, je  trouve qu’il a une idée vraiment géniale. Molinari avait  fait des expériences au début de sa carrière,  peignant des toiles dans le noir, les yeux bandés. Il avait sa palette de couleurs, il en choisissait une et peignait de façon aléatoire. Dans cette optique, le compositeur m’a demandé comment il pourrait utiliser ce concept  en musique. Alors chacun d’entre nous avons une partition que l’on joue dans l’ordre qu’on veut et on porte des casques anti-bruit pour ne pas entendre les autres interprètes. C’est une juxtaposition musicale, dans l’esprit de la juxtaposition de Molinari. Le résultat est vraiment frappant.
  • En terminant, le quatuor de Denis Gougeon, Figures sonores, est composé en trois mouvements. Le premier est inspiré de la toile de Soir, arbre rouge de Mondrian. C’est très mystérieux, presque romantique. Le premier mouvement, c’est blanc. C’est mystérieux, ça va de plus en plus vers l’aigu, on finit  dans le suraigu. Le deuxième mouvement s’intitule Composition avec un large plan Rouge, Jaune, Noir, Gris et Bleu. C’est vraiment la période star de Mondrian qu’on connaît bien et Gougeon a exploité le concept de synesthésie, c’est-à-dire qu’un accord mène à voir une couleur. Il a utilisé ce concept avec le bleu, le rouge et le jaune.  La première section(rouge) est en do majeur, la deuxième (jaune) en ré majeur et la troisième (bleu) en si majeur… Entre les sections il y a du gris ou du noir, des transitions avec un son blanc. C’est vraiment intéressant. Le dernier mouvement, c’est sur la peinture Broadway, Boogie Woogie de Mondrian.  De son côté, Gougeon a pris un boogie woogie de (Albert) Ammons et composé autour de ce thème.

PROGRAMME

John Rea (1944) : Objets perdus (1991)

Wilbert Bulsink (1983) : Quatuor no 2 (création) *

Guus Janssen (1951) : Quatuor no 2 Streepjes (1981)

Denis Gougeon (1951) : Figures sonores (création) **

  1. Soir Arbre Rouge (1908-10)
  2. Composition avec un large plan Rouge, Jaune, Noir, Gris et Bleu (1921)
  3. Broadway Boogie woogie (1942)

*Commande du Quatuor Molinari avec le soutien de la Ernst von Siemens Music Foundation

** Commande du Quatuor Molinari avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec

Tout le contenu 360

Quatuor Molinari X Salle Bourgie | Échange Québec-Hollande, deux créations, quatre compositions, immersion vidéo

Quatuor Molinari X Salle Bourgie | Échange Québec-Hollande, deux créations, quatre compositions, immersion vidéo

FMA 2026 | Amin Reihani : faire de la musique un langage de paix

FMA 2026 | Amin Reihani : faire de la musique un langage de paix

Codes d’accès | Sa directrice artistique explique la diversification des œuvre émergentes et de leurs publics

Codes d’accès | Sa directrice artistique explique la diversification des œuvre émergentes et de leurs publics

Codes d’accès, Re:Configuré | Moodworms, vers d’humeur se tortillant dans le compost virtuel

Codes d’accès, Re:Configuré | Moodworms, vers d’humeur se tortillant dans le compost virtuel

Codes d’accès, Re:Configuré |  Antoine Desrochers-Godin et Zak Colello et la  |||Réfraction||| du verre

Codes d’accès, Re:Configuré | Antoine Desrochers-Godin et Zak Colello et la |||Réfraction||| du verre

Codes d’accès, Re:Configuré | Trevor Van de Velde et Jenn Mong aux commandes de COCKPIT

Codes d’accès, Re:Configuré | Trevor Van de Velde et Jenn Mong aux commandes de COCKPIT

Codes d’accès, Re:Configuré | Kirby Leitz présente Music for the Silenced and Introspective Soul

Codes d’accès, Re:Configuré | Kirby Leitz présente Music for the Silenced and Introspective Soul

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Mois du Créole 2026 | David Bontemps, entre piano et héritage de Dessalines

Mois du Créole 2026 | David Bontemps, entre piano et héritage de Dessalines

Le Vivier | Entre chaos, humour et musique, l’univers déjanté de Tonitruances

Le Vivier | Entre chaos, humour et musique, l’univers déjanté de Tonitruances

Ensemble Caprice au 9e : Dialogue avec l’Inde carnatique

Ensemble Caprice au 9e : Dialogue avec l’Inde carnatique

Une Cendrillon ressuscitée et pyrotechnique à la salle Bourgie

Une Cendrillon ressuscitée et pyrotechnique à la salle Bourgie

Mois du Créole 2026 | Pierre-Roland Bain : entre bilan et perspectives

Mois du Créole 2026 | Pierre-Roland Bain : entre bilan et perspectives

Akousma 2026 | Louis Dufort nous explique tout !

Akousma 2026 | Louis Dufort nous explique tout !

Palais Montcalm | Pierre Flynn avec quatuor à cordes, l’idée avait germé à Québec !

Palais Montcalm | Pierre Flynn avec quatuor à cordes, l’idée avait germé à Québec !

Prix Azrieli 2026 | Adrian Mocanu : l’encre qui s’évanouit et la mémoire des femmes troubadours

Prix Azrieli 2026 | Adrian Mocanu : l’encre qui s’évanouit et la mémoire des femmes troubadours

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné