Lors de la dernière soirée d’Akousma, le vendredi 23 octobre à l’Usine C, Alexis Blais présentait Constellation, une œuvre en six mouvements initialement conçue pour une chorégraphie d’Annie Gagnon, puis remaniée pour l’acousmonium, cet orchestre d’une trentaine de haut-parleurs. Dans le parterre libéré de ses sièges, où chacun pouvait écouter assis, couché ou debout, sa musique invitait à une expérience immersive, entre rituel et abstraction.
Blais orchestre une matière sonore hétéroclite où s’entremêlent nappes synthétiques, fragments sonores travaillés au filtre de formants, cordes et enregistrements de métaux grinçants. Tantôt reconnaissables comme des événements physiques concrets, tantôt méconnaissables à force de transformations et de découpages, ces sons deviennent les éléments d’une architecture mouvante. Les cycles se répètent et se décalent, créant une impression de mouvement perpétuel qui évoque la transe et les incantations associées aux six tableaux chorégraphiques. Certains passages misent sur une énergie propulsive, tandis que d’autres privilégient une progression plus hypnotique.
Dans Sagitta, un sifflement sourd et des textures ténues installent d’abord un climat ambient, presque cosmique. L’apparition d’arpèges et de cellules rythmiques répétitives propulse ensuite la composition, avant un retour à l’apaisement initial. Plus frontal, Libra agence les sonorités métalliques en une succession de motifs, ponctués de frémissements sur un fond pulsatile. D’un mouvement à l’autre, les couches s’accumulent et la matière se densifie, tantôt trépidante, tantôt contemplative.
Derrière cette mécanique sonore se révèle pourtant une musique à fleur de peau. La répétition charge progressivement les motifs d’une émotion difficile à nommer. De ces assemblages abstraits émane une beauté étrange, presque incantatoire, qui touche sans imposer de récit. Constellation trouve ainsi sa force dans la tension entre rigueur rythmique et fragilité sensible.
Photo: Caroline Campeau























