À la fois interprète acclamé et chef d’orchestre de renom, Leonídas Kavákos partageait la scène de la Maison symphonique de Montréal avec l’OSM et son chef Rafael Payare. Un concert qui a été placé sous le signe de la création et de la virtuosité aux accents sonores moderniste et romantique.
C’était aussi un des derniers concerts de l’OSM à Montréal avant de s’envoler vendredi pour une tournée américaine qui mènera ses musiciens en Californie, notamment à San Diego, Los Angeles et San Francisco. Une présence qui ne s’est pas produite dans ses deux dernières villes depuis 37 ans. En fin de tournée, l’OSM et l’Orchestre de San Diego, dont Payare a également la tutelle, fusionneront le 30 octobre pour un concert grandiose de près de 140 musiciens.
En attendant ce départ, l’orchestre a offert au public montréalais un concert riche en élan de virtuosité et de textures musicales. En ouverture, la création du Canadien Samy Moussa, Elysium, est construite selon une construction timbrales qui a mobilisé la masse orchestrale de manière ample et sonore. Après un démarrage sur de longs accords soutenus dans lesquels se développent des lignes chromatiques changeant la couleur des accords, l’œuvre évolue en mettant de l’avant différents agencements instrumentaux, notamment des cuivres sonores et brucknérien et des jeux de nuances contrastés. Il y a une profonde aura cinématographique qui se dégage de cette œuvre à la fois méditative et solennelle.
Interprétant le Concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski, Leonídas Kavákos y insuffle de sa propre verve instrumentale. Dès qu’il entame les premières notes du thème instrumental principal accompagné par l’orchestre, il la joue avec un rubato qui vient quelque peu déstabiliser notre habitude d’écoute. D’ordinaire marqué Moderato assai, le rythme devient soudainement plus élastique, presque instable alors que Kavákos démontre son agilité d’orfèvres dans sa manière de donner un corps nouveau à ces lignes musicales. Il ne fait pas de doute que malgré le temps mis en répétition, Payare et ses musiciens étaient aux aguets et épousaient les contours que le soliste leur dessinait avec précision. À cela s’ajoutaient une maîtrise technique des plus naturelle et une facilité presque déconcertante, que ce soit pour naviguer dans les extrêmes sonorités de son instrument ou en poussant le tempo à un rythme effréné dans le dernier mouvement.Finalement, l’orchestre a conclu la soirée avec la version intégrale du ballet L’Oiseau de feu de Stravinski, un véritable tableau sonore vivant. Ce conte fantastique tiré de contes traditionnels russes relate les aventures du prince Ivan Tsarévitch qui, aidé par l’Oiseau de feu, triomphe du sorcier Kachtcheï. L’œuvre présente une virtuosité expressive et une inventivité au niveau du timbre qui caractérise le langage moderne de Stravinski. Payare mesure chaque intervention et nuance de l’orchestre tel un metteur en scène dirigeant des acteurs. Même sans voir l’action scénique et dansante devant nous, nous pouvions aisément saisir avec la musique l’essence de l’histoire, des affects, des dynamiques qui y étaient contenus. C’est ce même programme qui sera présenté en fin de parcours par l’OSM au public californien avant leur grand concert conjoint avec le San Diego Symphony. Un événement et une tournée qui, à l’image de ce concert, s’annonce flamboyante
crédit photo : Gabriel Fournier























