L’ensemble Caprice proposait une rencontre inusitée entre la musique carnatique (du Sud de l’Inde, représentée par le flûtiste J.A. Jayant, excellent)) et baroque (européenne) lors d’un concert assez sympathique au 9e étage du Centre Eaton. Si les concerts sont habituellement programmés à 17h, c’était sur l’heure du midi qu’il se donnait, exceptionnellement. Je ne sais pas si c’est l’heure elle-même, mais le résultat de fréquentation a été positif, pour une proposition somme toute assez nichée. Initiative réussie, donc, du côté affluence, et, je suis content de le dire, également du côté purement artistique. Il ne s’agissait pas d’une fusion totale entre les deux esthétiques, loin s’en faut. Appelons plutôt cela une rencontre et un dialogue, dans lesquels chaque protagoniste s’exprimait souvent dans sa langue musicale, en se croisant occasionnellement.
Ce sont les transitions entre les pièces, indiennes et baroques, ainsi que le judicieux choix de programme, qui a réussi à créer une belle impression de symbiose pour l’ensemble de l’heure et quelques du concert.
Le concert a été lancé par une impro à la flûte bansuri, portée par les arabesques subtiles de Jayant, un flûtiste reconnu pour sa qualité timbrale et son aisance technique. Un exotisme (du point de vue occidental), qui a mené à un contraste saillant, quand l’ensemble Caprice a entonné une sorte de variation en prélude au lancement du hit des hits baroques : le fameux Canon de Pachelbel. Heureusement, point de routine dans l’exécution de Caprice. Une lecture colorée de détails ornementaux, et une dynamique rythmique allègre ont rendu la chose plutôt rafraîchissante. Jayant est revenu avec une pièce classique indienne (Jagadodharana de Purandara Dasa, compositeur qui oeuvrait à l’époque de la Renaissance européenne), soutenue par le drone traditionnel associé à cette musique, mais ici assuré par l’orchestre montréalais. Caprice a poursuivi avec l’Air sur la corde de sol de Bach, et le reste de l’heure s’est déroulé un peu comme cela, mais avec des enchaînements entre les deux traditions faisant pas mal tout le temps du sens, que ce soit au plan rythmique, harmonique ou simplement atmosphérique.
Je souligne aussi la très belle contribution de la basse William Kraushaar, qui nous a donné de très beaux moments de grâce dans du Purcell (Wondrous Machine et The Cold Song), Handel (O ruddier than the cherry) et surtout Monteverdi (Si dolce è’l tormento), une des plus belles mélodies de chanson, tout styles et toutes époques confondues. Son timbre profond, d’un pourpre sombre et captivant, m’a donné quelques frissons. Uniquement dans The Cold Song ai-je perçu des moments où l’artiste a escamoté certaines répétitions (symbolisant le froid grelottant) ou finitions de phrases. Il s’agit effectivement d’un morceau difficile à soutenir mécaniquement. Mais c’est bien peu rechigner, en fin de compte. Il s’est de toute façon fort bien repris dans la pièce suivante, et finale, signée Handel. Un morceau virevoltant d’amour intense et déployé dans une technique précise et emballante pour les oreilles qui écoutaient.
Le directeur de Caprice, Matthias Maute, disait que ce concert servait de territoire à explorer et de construction d’une musique de l’avenir, où les traditions du monde se parleront d’égale à égale, tout en inspirant des innovations stimulantes.
LISEZ L’ENTREVUE AVEC MATTHIAS MAUTE CONCERNANT CE CONCERT
En ce sens, l’essai proposé par Caprice et son invité est plutôt réussi, et donne envie d’en avoir d’autres dans l’avenir.























