Le lancement de saison 26-27 de l’Orchestre métropolitain (OM) sous la direction de Yannick Nézet-Séguin avait lieu hier à la Maison symphonique devant une salle passablement comble. Le thème des astres était illustré par les fameuses Planètes de Gustav Holst, ainsi que par une création de la compositrice anishinaabekwe Barbara Assiginaak, Shpiming Nangokaa (Haut dans le ciel, il y a beaucoup d’étoiles).
C’est cette dernière qui ouvrait l’après-midi (le concert était à 15h). Le public a eu droit à une œuvre resplendissante, scintillante de mille couleurs lumineuses, telle des milliers de joyaux sur un coussin de velours sombre. La partition oscille entre somptuosité ravellienne et miroitement contemporain, dans va-et-vient entre un atonalisme chaleureux et consonances cinématographiques. La foule a chaudement applaudi, à raison.
Un peu hors sujet, mais magistral dans son expression et surtout son interprétation, le Concerto pour alto de l’Anglais William Walton suivait avec énormément de panache. Une œuvre que l’on entend rarement sur nos scènes, et pourtant d’un impérial effet dramatique! Il faut dire que l’altiste Antoine Tamestit maîtrise cette musique sans anicroche. Un son ample et bourré de nuances, capable des plus délicats murmures sans nuire à une projection pleine et entière, comme des plus athlétiques fortes, sans perdre en qualité timbrale. Cet artiste joue, dans le sens holistique du terme : il regarde les musiciens de l’orchestre, les écoute, apprécie leur jeu, leur répond. Un vrai de vrai concertiste, pas un soliste ‘’avec accompagnement’’. Il est probablement là le lien avec le reste du programme : Tamestit est une étoile incandescente. L’homme, sympathique, a pris le micro pour remercier les musiciens (il avait raison, l’OM était dans une forme exceptionnelle) et annoncer un rappel : un arrangement de Flow My Teares de John Dowland. La mélodie poignante de la renaissance a donné quelques frissons, surtout dans son interprétation délicate en duo avec la harpiste de l’OM, Robin Best. On imagine agréablement un récital complet avec ces deux artistes. Pourquoi pas?
En finale, les Planètes de Holst ont pratiquement soulevé le plafond de la Maison symphonique. Yannick n’a pas hésité une seconde et a lancé la guerroyante Mars sur un rythme impitoyable. Avec un OM à son meilleur (chapeau aux solistes de tous les pupitres), le chef a ensuite dessiné une Vénus et une Mercure vibrantes de nuances avant de lancer la magistrale Jupiter à un tempo excitant. Merci de ne pas avoir ralenti son déroulement, ce qui arrive parfois avec quelques chef-fe-s. Ici, non, Yannick a choisi d’exprimer sans se gêner le sentiment de joie qui sous-tend le caractère octroyé par Holst à la géante. La portion centrale, et son thème imposant, avait toute la noblesse requise.
Saturne et sa cadence appuyée, marquant le passage du temps, avait la puissance voulue et, surtout, exprimait efficacement la nature inéluctable de la marche vers la vieillesse. Uranus et son énergie allante (ainsi que le thème lancé au basson qui rappelle tellement L’Apprenti sorcier de Dukas) avait beaucoup de caractère, alors que l’ensemble se terminait sur l’impressionnisme, d’abord ombrageux puis évoluant vers la lumière, de Neptune.
Le public était ravi. On ne peut qu’être d’accord avec lui.






















