Depuis près de deux décennies, le groupe punk californien Joyce Manor a accompagné d’innombrables virées en voiture sous le coup de la rage après une rupture, des nuits désespérées passées à boire seul et des beuveries par dépit chez les emos de tous âges. Alors, lorsque ce groupe autrefois frénétique, connu pour son énergie irrévérencieuse et juvénile, a annoncé son retour après une pause de quatre ans, ses membres ayant désormais la trentaine bien entamée, beaucoup se sont demandé s’ils reviendraient adoucis, calmes, fatigués et en état de gueule de bois permanente, comme tant de groupes punk des années 2000.
Heureusement, après avoir vu Joyce Manor au Warped Tour 2026 de Montréal, je peux affirmer que ce n’est pas le cas.
Malgré un créneau peu flatteur vers 14 heures, le chanteur Barry Johnson et son groupe ont apporté une énergie intense et concentrée à leur concert de vendredi. Ils ont enchaîné à un rythme effréné des morceaux récents et anciens (mais surtout anciens, pour le plus grand plaisir de la plupart des spectateurs), en passant par les titres phares de leur discographie tels que Heart Tattoo, Falling in Love Again et Constant Headache.

Des morceaux tirés de leur nouvel album, I Used to Go to This Bar (2026, Epitaph Records), ont également été glissés au programme, et ils sont tout aussi entraînants. Mais à ce stade, le trio originaire de Torrance doit bien savoir à quel point son répertoire est précieux pour ses fans. Chaque morceau familier a fait mouche, la voix rauque mais maîtrisée de Johnson me donnant la chair de poule et faisant jaillir en moi une soudaine vague d’angoisse, tout comme lors de ces nuits d’adolescence où je me défonçais et écoutais Catalina Fight Song en boucle.

Malgré le ton sombre et désespéré de la musique de Joyce Manor, le groupe semble à l’aise, sûr de lui et reconnaissant d’être là. Contrairement à certains artistes, qui semblent regarder par-dessus la tête de leur public en imaginant le plateau de fruits qui les attend dans leur loge, Joyce Manor nous a regardés droit dans les yeux, dégageant une force humble qui n’a fait que nous captiver davantage.























