chanson / Chanson francophone

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

par Alexandre Villemaire


Dans le cadre de la tournée de son plus récent album, Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abimé, l’insaisissable et prolifique auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe faisait arrêt à la Fête à la musique devant une foule nombreuse. D’entrée de jeu, l’artiste le dit, si vous êtes en peine d’amour ou que vous traversez une mauvaise passe, vous allez passer un mauvais quart d’heure, car mes chansons sont « crissement déprimante ». L’irrévérencieux interprète ponctuera d’ailleurs son spectacle de plusieurs de ces interventions savoureuses auprès de son public.

Il y a bien une chose que l’on ne peut enlever à Pierre Lapointe, c’est son authenticité et la franchise de sa poésie. Avec ces chansons, Pierre Lapointe ouvre une nouvelle fois un pan de sa vie personnelle, mais aussi des affects qui peuvent traverser le cœur de tout le monde, des situations de la vie que nous vivons tous différemment, mais avec les mêmes sentiments, pour au final en ressortir avec peut-être un peu de lumière. La poésie dont il est question ici s’inscrit dans un projet de l’artiste de renouer avec la tradition de la grande chanson française, celle qui a rythmé les années 1960 et 1970. Et cela transparaît musicalement. Pour cette tournée, Pierre Lapointe a choisi de s’entourer d’un duo de pianiste spécialisé dans le répertoire pour quatre mains – le Duo Fortin-Poirier, composé de Marie-Christine Poirier et d’Amélie Fortin, qui signe par ailleurs, tous les arrangements des chansons de Lapointe pour ce concert. L’enrobage qu’amène une paire de 20 doigts pouvant couvrir toute l’étendue du piano vient magnifier le caractère musical des chansons françaises dans une ambiance plus intimiste que les accompagnements originaux ne permettent pas avec la complexité et la densité instrumentale de certaines.

Le secret, avec laquelle il a ouvert la soirée, récit quasi autodescriptif, qui nous a quelque peu évoquer par moment Je m’voyais déjà de Charles Aznavour, ou encore Toutes tes idoles sont de bons exemples de pièces dont le style musical change avec un avec une esthétique plus feutrée à laquelle vient se compléter parfaitement la voix si singulière de Pierre Lapointe. Notons également comme moment fort apprécié du public, l’interprétation d’une pièce solo par le Duo Fortin-Poirier, soit « The Serpent’s Kiss », tiré de cycle Garden of Eden de William Bolcom – une pièce avec « beaucoup de notes » et multi stylistique aux accents de jazz et de ragtime. 

Si les chansons s’adressaient peut-être aux âmes abimées, il n’y a certainement aucun dépressif n’est reparti avec le cœur lourd à la fin de ce concert.

crédits photo : André Chevrier

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