Pays : Canada (Québec) Label : ATMA Classique Genres et styles : classique occidental Année : 2026

Isabella d’Éloize Perron, Francis Choinière et l’Orchestre FILMharmonique – François Dompierre : Les quatre saisons du Québec

· par Frédéric Cardin

François Dompierre est en passe de donner au Québec sa version d’à peu près chacun des canons formels de la grande musique classique. Récemment, un ensemble de Préludes, un Concerto grosso (sur le thème du tango), un Concerto pour violoncelle, un Requiem (commandé par Francis Choinière et son FILMharmonique). Plus loin dans le passé, un concerto pour violon, un autre pour piano, etc. 

Un ensemble de quatre saisons manquait à l’appel, semble-t-il. On connaît bien celles de Vivaldi, auxquelles ont répondu de nombreux autres compositeurs à travers le temps : Boismortier en France, Haydn en Autriche, Raff en Allemagne/Suisse, Glazunov et Tchaïkovsky en Russie, Noskowski en Pologne, Piazzolla en Argentine, Glass aux États-Unis, et j’en passe. 

Mais le Québec méritait les siennes, et, il fallait presque s’y attendre tellement la nature expressive et lyrique du compositeur se prête facilement à cela, François Dompierre était tout destiné à lui en offrir. 

Voici donc un ensemble de Quatre saisons inspirées de la nature québécoise, commandées et créées par Francis Choinière et la section de cordes de son orchestre. S’ajoute l’excellente violoniste Isabella d’Éloize Perron, qui confirme le choix de Dompierre de rester attaché au format vivaldien, celui d’un ensemble pour soliste et orchestre à cordes. 

Si Vivaldi avait opté pour un concerto en trois mouvements pour chacune des saisons (donc quatre concertos pour 12 mouvements au total), Dompierre demeure plus modeste avec le choix d’un format en quatre mouvements, illustrant chacun une saison. Un seul grand concerto donc, où chaque partie est bien sûr associée soit au printemps, à l’été, à l’automne ou à l’hiver, mais en plus exprimée à travers une danse traditionnelle. Les titres sont en ce sens révélateurs (et fort attrayants) : Rigaudon de printemps; Complainte d’été; Valse et contredanse d’automne; et Quadrille d’hiver. 

Le Rigaudon de Printemps a bonne allure, comme un cheval au trot, passant en milieu de mouvement dans un décor pacifié et chaleureux telle une première belle et chaude journée de Mai. L’Été et sa Complainte sont portés par une mélodie touchante et fortement mélancolique, alors que l’Automne redonne un peu de pep dans les souliers avec une valse légèrement swingante, qui semble parfois hésiter sur ses assises. Des pizzicatos et des poussées de l’orchestre semblent imiter le temps incertain de cette saison, où les feuilles tergiversent rester accrochées encore un peu ou se laisser tomber doucement au sol. À mi parcours, une contredanse plus animée, de style irlandais, excite un peu le déroulement avant que la dernière partie du morceau soit le théâtre d’échanges dynamiques entre les deux thèmes contrastés, qui finissent par se terminer sur une posture incertaine et une évocation finale du deuxième thème se dissipant graduellement.

Le dernier mouvement est un Quadrille joyeux, qui laisse entendre que l’hiver québécois, loin des clichés catastrophiques, est également une saison empreinte de plaisirs, de célébrations et de bonne humeur. 

De courtes citations des Saisons de Vivaldi, des clins d’oeil plutôt, parsèment l’oeuvre, ainsi que d’autres brindilles tirées de celles de Piazzolla, disséminées parcimonieusement afin d’allumer quelques étincelles dans l’esprit des musicophiles plus férus. 

La soliste, Isabella d’Éloize Perron, rend très bien justice à la musique de son compatriote et aîné, avec la bonne dose de swing dans le rythme et l’articulation, ainsi que le lyrisme souhaité dans les épisodes chantants, toujours importants chez Dompierre. Les cordes du FILMharmonique ne manquent pas de velours, ce qui est très approprié, mais sans alourdir la nécessaire clarté d’une musique qui se veut plus chambriste que réellement symphonique. 

Du grand Dompierre, comme on l’aime, c’est-à-dire un classiciste éduqué qui maîtrise comme peu d’autres l’art élégant de la belle et bonne fusion entre la rigueur d’un art sérieux et l’attrait assumé de la séduction populaire.

L’album sera disponible le 28 août

Les Quatre saisons du Québec seront en tournée au Québec et en Europe dès le mois de septembre.

INFOS ET BILLETS

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