Aux Francos de Montréal, certaines soirées sentent la découverte, d’autres la nostalgie. Et puis il y a Les Breastfeeders : un groupe qui n’a jamais eu l’air de choisir entre les deux.
Le 13 juin 2026, sur la scène extérieure du Parterre du Quartier des spectacles, ils livrent exactement ce qu’on attend d’eux — et surtout, ce qu’on n’ose plus toujours demander à un groupe de rock : du désordre maîtrisé.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Ça joue vite, ça joue fort, et surtout ça joue comme si le temps n’avait aucune importance. Le mélange garage rock, yéyé, punk et rock’n’roll — signature du groupe depuis leurs débuts — ne cherche pas la propreté. Il cherche l’impact.
Et ça fonctionne.
Le public, déjà dense malgré l’heure, répond immédiatement. Il n’y a pas de montée progressive ici : on est projeté directement dans le son. Les guitares saturent l’espace, la batterie cogne sans retenue, et les voix semblent parfois se battre contre elles-mêmes pour garder une ligne droite.
Le set alterne entre morceaux rapides et explosions encore plus rapides. On reconnaît des titres comme « J’pourrais pas vivre avec toi », « Vivre et exister », et « Ça ira », qui prennent sur scène une forme plus abrasive que sur album. Tout est plus sale, plus direct, plus vivant.
Sur scène, Les Breastfeeders ne cherchent pas la performance millimétrée. Ils fonctionnent comme une machine collective légèrement incontrôlable. Les échanges entre musiciens sont minimaux, mais l’énergie, elle, circule en permanence. Rien n’est figé.
Et c’est peut-être là leur force principale : ils ne jouent pas un spectacle, ils rejouent une urgence.
Dans le contexte des Francos, où une partie de la programmation flirte avec la pop calibrée ou les formats plus sages, leur présence agit comme un rappel. Le rock peut encore être frontal. Bruyant. Imparfait. Et totalement assumé.
Bien sûr, tout n’est pas parfaitement ajusté. Certains passages se ressemblent, les transitions sont quasi inexistantes, et l’ensemble peut donner une impression de bloc uniforme. Mais ce serait mal comprendre le projet : Les Breastfeeders ne cherchent pas la variation, ils cherchent la continuité dans la tension.
Et quand ils tiennent cette tension, le public suit sans effort.
Finalement, le concert ne se termine pas vraiment : il s’arrête. Brutalement, sans cérémonial, comme il avait commencé. Et dans ce genre de performance, c’est presque logique.
Aux Francos, Les Breastfeeders n’ont pas revisité leur passé. Ils ont simplement rappelé que le garage rock, quand il est joué sans filtre, n’a pas besoin d’être modernisé pour rester pertinent.
Photo: Jean-François Savaria (jfsavaria)























