C’est l’histoire d’une rencontre factuellement documentée entre Saint François d’Assise et le Sultan Al Malik Al Kamil, roi d’Egypte, en 1219 qui alluma dans l’esprit de Kiya Tabassian, directeur artistique de l’ensemble Constantinople l’idée d’une rencontre musicale entre son groupe et l’orchestre Holland Baroque. La rencontre entre les deux hommes lors de la cinquième croisade donna lieu à des échanges philosophiques et théologiques intenses, qui se transformèrent en admiration mutuelle et, on peut presque le dire, en amitié. Si, à une époque aussi fortement marquée par l’incompréhension islamo-chrétienne ce rapprochement a été possible, il l’est probablement tout autant sinon plus aujourd’hui.
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Bref, guidé par cette inspiration spirituelle et humaniste, le musicien montréalais a lancé ce projet qui aboutit avec cet album magnifique. Espace de rencontre et de dialogue, il s’agit d’une réelle fusion des arts bien plus qu’une simple manigance de crossover populiste. Il n’y a pas de musique originelle que l’on puisse associer à cette rencontre inédite. Du coup, on en a imaginé. Kiya Tabassian lui-même, mais aussi les deux soeurs Steenbrink (Judith et Tinneke), co-directrices du Holland Baroque, et Didem Basar, la virtuose du kanun de Constantinople, se joignent à l’effort pour créer un univers sonore riche en émotions et en évocations de cultures entrecroisées.
On puise aussi bien dans l’art musical savant européen encore balbutiant du 13e siècle que dans celui, plus épanoui à cette même époque du monde musulman. En onze plage, un voyage symbolique dans le temps, l’évolution des perceptions mutuelles et les émotions prend vie dans nos esprits d’une manière extrêmement séduisante, jamais racoleuse.
Une très belle et grande réussite, à la hauteur des idéaux humanistes et pacifistes qui en sont la source et l’expression.






















