Lorsqu’on couvre un festival de musique contemporaine, il faut s’attendre à quelques surprises avant la fin des festivités. Après tout, les compositeurs et les interprètes ont pour mission de repousser sans cesse les limites et de réinventer les pratiques d’interprétation et les techniques de composition, sans parler des progrès technologiques que les compositeurs contemporains se sentent souvent obligés d’intégrer dans leurs conceptions.
Cela dit, je me suis retrouvé complètement pris au dépourvu lorsque j’ai dû critiquer Ptitécouti, une pièce de l’ensemble Hanatsumiroir spécialement conçue pour les enfants âgés de 0 à 3 ans. Vous pouvez imaginer mon sentiment de décalage en tant qu’adulte moustachu sans enfant, rôdant dans l’Édifice Wilder et griffonnant des notes pendant que les bébés, les tout-petits et leurs parents tentaient de profiter d’un après-midi de musique contemporaine.
Ne dites pas que je ne fais rien pour vous, cher lectorat.
En ce qui concerne la musique et le spectacle lui-même, notre interprète principale, Ayako Okulo, a utilisé des étagères modulaires en bois qui abritaient en leur centre un réservoir d’eau transparent dans lequel elle éclaboussait, laissait couler de ses mains, soufflait, et sur lequel elle plaçait ce qui semblait être des coquillages qui flottaient et s’entrechoquaient.
Des microphones ont été placés stratégiquement afin que tous les sons et textures les plus infimes puissent être appréciés grâce au système audio. Des effets de retard temporel ont également été utilisés, ainsi que des coussins lumineux pour que les enfants puissent se reposer et profiter du spectacle et des sons.
Okulo ouvrit ensuite de petits compartiments sur les étagères en bois et en sortit des carillons éoliens. Elle utilisa ensuite diverses ocarinas et démontra ses talents de flûtiste en employant, entre autres, des techniques de langue battante.
Le tout était fantaisiste et remettait en perspective le terme « jouer » dans le contexte « jouer de la musique ». Je pouvais facilement imaginer un enfant en phase pré-locutoire se reconnaître dans cette représentation (si l’on suppose un instant que la conscience de soi peut précéder la marche), car le déroulement du spectacle ressemblait à celui d’un enfant explorant le contenu de son coffre à jouets.
Les notes du spectacle nous indiquent en effet que nous devions nous attendre à une musique, une scénographie et un éclairage « adaptés à la psychologie et à la compréhension du monde des enfants de moins de 3 ans ». Au cœur du spectacle : une boîte lumineuse pleine de surprises, composée de divers compartiments et tiroirs. Il semble toutefois que certains enfants n’aient pas reçu le mémo.
Les nombreux « goo-goo » et « ga-ga » provenant du public semblaient être dus à l’ennui ou à une certaine lassitude face au spectacle proposé. Il est certes difficile de rivaliser avec Cocomelon et les iPad. Leurs parents les ont fait sortir de la salle de manière préventive dès qu’ils ont senti que la situation devenait intenable en termes de capacité d’attention.
Ce n’est pas une critique de l’émission en elle-même, que j’ai trouvée charmante, courte et agréable pendant ses trente minutes. Félicitations à l’individu moustachu qui prenait des notes et semblait hors de propos, mentionné plus haut.























