Le concert Fougue concertante de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) présentait hier soir trois concertos de très haute tenue musicale interprétés par autant de solistes issus de la Génération Z. Du moins il me semble, à vue d’œil d’un homme de l’âge des X. Peut-être une ou deux sont-elles en fait dans la catégorie précédente de deux ou trois années? Enfin, peu importe, ça faisait bien dans le titre…
Le premier des concerts de l’hiver-printemps 2026 célébrant les 60 ans de l’honorable institution de musique savante d’aujourd’hui, Fougue concertante donnait donc l’occasion à trois jeunes solistes l’occasion de briller dans un concerto récent, Catherine Cherrier aux percussions, Élise Poulin au hautbois et Bailey Wantuch au violon.
En prélude au programme principal, la SMCQ a rendu hommage à Margareta Jerić, jeune compositrice montréalaise d’origine croate, décédée à 43 ans à peine en novembre 2025.
Hommage touchant
Les échos de l’Adriatique, une œuvre accompagnée d’images vidéo d’une vieille usine de productions de sardines croate, traite avec beaucoup de vivacité de l’opposition entre le beau et le laid, la nature et l’industrie. C’est une musique de caractère ludique et de nature pixellaire, ou chaque note nourrit la suivante afin de créer un ensemble très séduisant. La disparition de cette artiste qui a étudié avec Ana Sokolovic (d’origine serbe) est d’autant plus regrettable qu’elle était en train de construire, avec son ancienne professeure, une sorte de connexion balkanique en musique contemporaine montréalaise.
Détournement musical
Dans (d)Tourner, Philippe Leroux évoque la circularité. Pas nécessairement celle d’un objet situé et mouvant, mais plutôt, par exemple, des sons dans l’espace scénique ou de la rotation des mouvements mélodiques et rythmiques. Et, comme le titre l’indique, cette ronde n’est pas conçue comme une ritournelle perpétuelle, ou une démarche répétitive et tonale comme chez les minimalistes, mais plutôt comme un mouvement menant à une expansion et une transformation dans l’abstraction harmonique. Pour l’auditeur, cette circularité est d’abord difficile à déceler. On est ici dans une démarche conceptuelle appliquée. Mais au fil de l’évolution de la pièce d’une vingtaine de minutes, l’idée s’incarne de mieux en mieux et traverse l’espace entre la scène et la salle. À travers une écriture assez touffue, les ‘’mouvements’’ sonores prennent chair et consistance. Jusqu’au derniers gestes de la soliste, qui doit tourner sur elle-même en jouant le marimba, en frappant ses baguettes l’une contre l’autre et en terminant sur la caisse claire. Deux fois. Au-delà de cette physicalité empreinte de théâtralité et concrétisant finalement la physicalité de l’idée principale, Catherine Cherrier a offert une prestation impeccable et dynamique.
LISEZ L’ENTREVUE D’ALAIN BRUNET AVEC PHILIPPE LEROUX
»Varèse qui swingue »
Suivait une superbe découverte pour votre humble chroniqueur : l’excellent Trame I de Martin Matalon pour hautbois et ensemble. Fait d’entrelacements sonores et inspiré d’un poème homonyme de Jorge Luis Borges, le concerto de Matalon est une bulle de plaisir de quelque quinze minutes ou les infinies possibilités coloristique du hautbois et de l’ensemble offrent un véritable buffet pour les oreilles, en plus d’inviter au hochement de tête car le monsieur à un excellent sens du rythme. ‘’Varèse qui swingue’’, pour paraphraser le directeur artistique de la SMCQ, Simon Bertrand, à qui je jasait avant le concert. Élise Poulin, admirable de virtuosité et de précision sans faille dans cette écriture redoutablement exigeante, tout cela avec un son instrumental radieux, a offert une lecture impressionnante de cette musique.
Le Graal de la soirée
La dernière œuvre au programme, aussi la plus substantielle, était Graal Théâtre de la Finlandaise Kaija Saariaho, un concerto musclé d’une trentaine de minutes, pour violon et orchestre. Ce concerto entièrement acoustique, chose relativement inhabituelle chez Saariaho qui aime bien incorporer l’électronique dans sa musique, a déployé une ampleur texturale et caractérielle presque romantique. On y trouve de nombreux trait d’un grand concerto hérité de la tradition du 19e siècle : les élans lyriques, les doubles cordes athlétiques, les épisodes de virtuosité spectaculaire, etc. Tout cela dans un langage scintillant et cristallin typique de la dame. Vous dire que la jeune Bailey Wantuch, artiste native de Chicago mais solidement installée dans notre métropole depuis quelques années, était bonne, serait passer largement en-dessous de la vérité. La demoiselle de stature physique pour le moins diminutive n’en dégage pas moins une force expressive étonnante et communicative. Une violoniste d’exception assurément. Wantuch fait aussi partie du tout nouveau Quatuor Mémoire, dont je vous ai parlé récemment dans une critique très positive de leur premier album Chronos, Kaïros et Aiôn (TEXTE À LIRE ICI).
Mentionnons avant de terminer l’apport de très très haute tenue de l’ensemble de la SMCQ sous la direction infaillible de Cristian Gort. Un ensemble presque entièrement renouvelé depuis l’arrivée de ce directeur musical efficace, bien que discret. Impeccable prestation en support à des solistes qui pouvaient se concentrer totalement sur leur jeu sans craindre quoi que ce soit.
Au final, la SMCQ nous a démontré que les rumeurs alliant tel type de ‘’génération’’ avec paresse ou laisser-aller ne sont que foutaises, du moins dans le milieu de l’art créatif et contemporain. Ici, trois enfants associées à ‘l’âge Z’’ ont pris les commandes de la créativité et nous ont fait faire un sacré beau bout de chemin avec elles. On rembarque le plus tôt possible!























