Parmi les chouchous du rap américain, A$AP Rocky revient en force et en raffinement avec un nouvel album attendu presque huit ans après le mitigé Testing. Réflexion sur ses procès, sa vie amoureuse, sa paternité et ses ennemis préférés (Drake), Don’t Be Dumb est plus qu’un retour : c’est est une renaissance. On y observe la métamorphose du son de l’artiste avec l’originalité, le style et l’aplomb qu’on lui connaît tout en nous gâtant d’invités hétéroclites et délicieux comme Doechii, Gorillaz, Thundercat et Jessica Pratt.
Un voyage de quinze chansons où on traverse styles, époques et émotions tout en restant les pieds bien ancrés dans son univers actualisé.
En ouverture,Order of Protection place le ton avec « It’s been a lil’ while since I been in the league / Last time I checked, we still in the lead » sur fond de chœurs et de batterie baignés de réverbération, paroles qui ne sont pas sans rappeler l’ouverture du nouvel album de Loud.
Sur la lustrée Helicopter, les synthétiseurs et la ligne de basse accentuent avec netteté le flow assuré qui devient presque percussif par moments de pur flex. Vient ensuite Interrogation (Skit) où il scande au micro sa vision avant-gardiste, toujours une coche d’avance sur l’industrie.
Puis, arrive Stole Ya Flow, diss dynamique de l’album contre Drake qui, bien qu’infectieuse et à la production impeccable, ne lui fera jamais aussi mal que les deux chansons qui suivent : Stay Here 4 Ever et Playa. En effet, sur ce duo de chansons rétro-romantiques judicieusement placées, Rocky s’épanche sur son bonheur d’homme comblé aux côtés d’une des plus belles femmes au monde ayant brisé le cœur de Drake, Rihanna.
Tout de suite après, No Trespassing sert de pont vers les plus sportives de l’album : Stop Snitching (featuring BossMan Dlow and Sauce Walka) et STFU (featuring Slaysquad), qui nous offrent un peu peu plus d’attaque et d’agressivité, leurs invités saisissants le beat. Elles nous préparent pour le réel coup-de-poing de l’album, Punk Rocky, un hybride surprenant et magnifique hybride d’indie punk, de dream pop et de talk-sensitive-rap qui nous procure le genre de risque qu’on attendait de l’artiste et qui nous hante longtemps après l’écoute. L’audace culmine sur Air Force, une pièce électro-hyperactive où les sonorités 8bit et les percussions sont aussi chargées que les idées.Enfin, Whiskey (Release Me) (featuring Gorillaz and Westside Gunn), où l’apport de Damon Albarn donne lieu à une pièce aussi inattendue que lisse, la jazzy et théâtrale Robbery (feat Doechii) et la chanson-titre Dont’ Be Dumb/Trip Baby nous mènent vers The End, une dernière collaboration improbable avec will.i.am et Jessica Pratt, sérieusement écrite. Pour les fans, quatre autres chansons sont disponibles en exclusivité sur la version digitale, notamment avec Tyler, The Creator et Imogen Heap, qui valent le détour.
En somme, un album rempli d’authenticité, d’hybrides musicaux recherchés et de charnières surprenantes avec quelques clin d’oeils bien sentis qui démontrent bien que Rocky n’a rien perdu de sa verve. Clairement, Mayers n’avait que faire des qu’en dira-t-on et ça s’entend dans chaque pièce de cette œuvre libre et inclassable qu’il ajoute à son catalogue. Un retour en force de l’artiste qui procure un agréable sentiment de rafraîchissement pour le genre et une leçon de réinvention.























