L’enfant prodige du rap québécois, LOUD, revient en force après trois ans et demi d’attente avec un quatrième album aussi intime qu’audacieux baptisé Douze sur douze, clin d’œil à l’intensité du travail acharné et perpétuel. Entouré à la production par ses acolytes de longue date, Ajust et Ruffsound, l’album réunit 13 titres où hommage et modernité se côtoient musicalement et sur lesquelles les invités s’enchaînent pour notre plus grand plaisir: Ariane Moffatt, Statzz, Connaisseur Ticaso, Salomé Leclerc et même Barnev viennent tour à tour apporter leur touche.
Explorant avec nonchalance et autodérision les thèmes de la réussite, de la compétition et du mode de vie propres au rap il allie aussi plus d’intimité, de profondeur et de vulnérabilité qu’auparavant, nous laissant entrevoir la personne derrière le personnage tout en conservant la finesse d’écriture et l’aplomb qu’on lui connait bien.
L’écoute débute en douceur avec 1/12, une introduction au clavier synthétique nous ramenant tout de suite à son atmosphère sonore où il se laisse désirer jusqu’à annoncer d’emblé/d’orée qu’il a préféré prendre son temps pour la qualité, une vulnérabilité dans la voix laissant entrevoir le ton de la suite : «Dans vie y’a ceux qui commentent pis y’a ceux qui font/Tu peux soit trouver des excuses ou des solutions ».
Splash arrive littéralement comme un vent de fraîcheur, l’artiste y célèbre le chemin parcouru en ne manquant pas de nous servir quelques-unes de ses classiques syllabes saccadées sur le rythme. A Win is a Win emmène cette énergie un cran au-dessus, notamment avec l’ajout de timbales dans les percussions et la voix épique dans les refrains offrant une belle surprise. Par hasard, un peu rejointe par hasard par Ariane Moffatt en cours de production, est une perle de l’album. On en retient la guitare délicieusement dissonante de Joseph Marchand, le piano et la voix délicate d’Ariane ainsi que le texte coup de poing : «Encore un tour de magie, encore un tour de France/Encore au goût du jour, ça doit être mon jour de chance/Encore du mal à croire qu’on en est sorti sains et saufs/Comme quoi des fois le hasard fait bien les choses ». Le tout culmine en une progression électro franchement trippante.
Signe enchaîne en simplicité avec une ritournelle accrocheuse de guitare sèche, la voix à l’avant-plan et le passage de Statzz nous permettant de bien tendre l’oreille à cette petite voix nous permettant d’avancer malgré le doute. Ensuite, Une chose à la fois vient rendre hommage aux influences rap québécoises ayant forgé l’identité de l’artiste sur une pièce tout droit sortie de la fin des années 90 où scratch, beat boom-bap et Connaisseur Ticaso sont réunis pour un moment de pure nostalgie vécu dans une forme actualisée.
À ce que je sache prolonge la vibe avec clins d’œil bien sentis aux influences plus psych/vapor, au hi-hat trap et à Roxane Bruneau sur un refrain efficace alors que Lampe magique nous plonge dans une atmosphère suave remplie de dirty bass et de snaps où la créativité des percussions n’a d’égal que l’authenticité de ses rimes : « Hey yo j’ai bougé vers le uptown Jean-Talon/Saint-Denis, tranquille sauf qu’on était six dans un cinq et demi/Chu revenu récemment cut le penthouse des seventies, mid-life crisis va être so mid-century ».
Game Time est la tune de notre sport national que Loud se doit d’avoir sur chacun de ses albums et cette fois je l’ai trouvée « short and sweet », positionnée en mi-temps des années 2000. Quelque chose avec la voix chaude de Barnev ouvre la deuxième section de l’album, où LOUD manie les formules de séduction déjà-vues avec brillot sur une production funky et remplie de groove sensuel, hommage avoué à Femme Like U. Sans retenue fait l’apologie de sa vision sur un crescendo de cordes intéressant alors qu’Entre nous (avec Salomé Leclerc) nous ouvre une fenêtre sur le côté plus introspectif et vulnérable de l’artiste à travers le récit d’un rêve qui n’existe déjà plus et qu’on poursuit pour s’accrocher à l’illusion, nous offrant quelques lignes bien empreintes d’humanité « Tout le monde dit qu’avec le temps ça devrait moins faire mal/Mais pour l’instant c’est comme le vent ça vient par intervalles ». Enfin, 13/12 nous laisse sur une note plus légère, où remerciements et gratitude se côtoient en une joyeuse finale sur crescendo de violons.
Un album à la hauteur des attentes, où LOUD réussit à honorer ses racines tout en étant dans l’air du temps, où sa famille artistique est en pleine maîtrise de son art et lui en pleine maîtrise de son écriture et où il nous démontre qu’il n’est pas prêt de léguer sa place sur le trône du rap québécois.
« A win is a win »!























