Il faisait froid, en cette soirée d’ouverture Igloofest 2026. Avec un ressenti de -15 °C, le site du festival était entouré d’un nuage de fumée formé par les respirations du public, par celles des food trucks qui servaient de la poutine, par les différentes zones de chaleur proposées pour se réchauffer, ainsi que par les célèbres feux de camp à guimauves, disséminés ici et là.
La file d’entrées des détenteurs de tickets d’assemblée générale était particulièrement longue, en cette première soirée. Si les portes se sont ouvertes avec un léger retard d’environ vingt minutes, le public, lui, était extrêmement impatient, s’agitant pour combattre le froid et trépignant d’impatience à l’idée de pouvoir enfin fouler la piste de danse et profiter des autres activités du festival. Dès leur entrée, les gens couraient littéralement pour rejoindre les devants de la scène principale. La programmation de ce jeudi soir était très certainement une des plus attendues de la semaine, avec une billetterie affichant “COMPLET”, sur place et sur internet.
SCÈNE VIDEOTRON
Aux contrôles de la petite scène Vidéotron, nous avions Liv K et Cult Member, deux figures établies de la scène électronique montréalaise.
Très présente sur la scène marginale montréalaise, Liv K est une DJ et une programmatrice pour Parquette, un lieu transitoire culturel, queer et très impliqué dans le milieu des raves. Si on la voit plus fréquemment dans des événements de collectifs tels que Flush, Bijou et Discono, c’était une première fois pour la DJ à l’Igloofest. Son set, très éclectique et énergétique, passait de la techno classique en quatre-quatre, à des remix de musiques hip-hop contemporaines, glissant du Doechii par-ci, par-là.
Quant à lui, l’artiste en vogue Cult Member, qui s’est taillé une réputation internationale dans le milieu de la musique électronique, a offert un set captivant, alliant techno et Rally House, avec des influences de musique de club et des incontournables de la French House, comme Thomas Bangalter.
Ces deux sets à l’énergie un peu différente, mais pourtant complémentaire, ont été musicalement, de mon côté, une de mes expériences favorites de cette soirée… Bien que la majorité du public ait passé la plupart du temps en face de la scène principale… Avait-on oublié que la scène Vidéotron existait ? Ou encore ne l’on a-t-il pas vue, un peu cachée en arrière de tout ? Ou bien est-ce l’effet Disco Lines, ce producteur-vedette dont le morceau No broke Boys a explosé sur les réseaux sociaux cet été, qui lui, jouait sur la scène principale?

SCÈNE SAPPORO
Il en a fallu un peu de temps, pour que les devants de la scène se remplissent: sûrement dû à la file à l’entrée un peu trop longue, mais aussi peut-être à cause de l’excitation des spectateurs de découvrir le site. Mais après seulement une heure et demie d’ouverture, Gudfella, de son vrai nom Kyle Domingo,jouait déjà devant un terrain saturé de monde. En tant que DJ d’ouverture sur la scène de Sapporo, il a offert une prestation à la hauteur de sa réputation : un set dansant et groovy, mélangeant house, techno, pop et disco. L’artiste américain, recouvert de plusieurs couches de vêtements, dansait derrière ses platines, dézippant un peu son manteau, preuve de l’énergie donnée pour exécuter son set.
Et tandis que le public se poussait de plus en plus vers l’avant de la scène, la foule se transforma bientôt en une masse compacte. J’ai rarement vu une foule aussi serrée, et aussi déjantée. Les gens se poussaient les uns contre les autres, chaque corps inconnu se trouvant collé contre d’autres corps inconnus. Et avec l’arrivée de Disco Lines, headliner de la programmation, l’énergie de la foule sembla vivre son apothéose. Le mélange de musique house, de pop et de remix de musique commerciale a su répondre aux attentes de la foule, venues ici en grand nombre en partie pour le voir.
Honnêtement, c’était la folie au sol. Les gens montaient sur les épaules des uns et des autres, certains se poussaient avec force, donnant des coups de codes pour rejoindre l’avant, les bières volaient dans les airs, mouillant les cheveux et bonnets.
Pendant un instant, je me suis réjouie de ne plus être agoraphobe: dans cet espace aussi serré, j’aurai très certainement démarré une crise.
Quand la musique tant attendue « No Broke Boys » de Disco Lines et Tinashe retentit enfin, le public, principalement composé de la génération Z, sembla — littéralement — exploser. Ça danse, ça crie, ça chante, ça se pousse. La civilité est remplacée par la fureur.
Si ce set n’était pas forcément ce que je tends à aimer, ou à rechercher, j’avoue que l’énergie y était au rendez-vous, et malgré la foule compacte, j’ai quand même pu placer quelques petits mouvements de danse, et repartir avec de beaux rires, et de beaux souvenirs.
























