Quand on pense à la musique argentine, on pense automatiquement au tango. Celles et ceux qui en connaissent un peu plus, dont plusieurs compatriotes québécois d’origine argentine, vous parleront du rock nacional, qui a transformé la musique hispanophone. Puis, il y a le folklore argentin, dont on retient la formidable Mercedes Sosa. Mais ce folklore est une mine profonde, sertie de couloirs différents de traditions, autochtone autant qu’espagnole, qui se distinguent d’une région à l’autre.
Et voilà qu’un rappeur-trap du nom de Milo J – Milo Jota en espagnol-se décide à rebrasser les cartes de ce style à sa manière en multipliant les collaborations. Le résultat est impressionnant et innovant, applaudi autant en Argentine qu’ailleurs dans le monde hispanique, y compris aux États-Unis. J’ai découvert ce disque grâce à l’émission web Alt Latino, sur le site de National Public Radio, aux USA.
Dès la première pièce, Bajo de la Piel, nous sommes étonnés des mélanges: une guitare, des percussions, une voix qui semble dater d’un demi siècle; puis arrive la bandonéon, l’instrument fétiche du tango; puis des claviers électroniques, puis une voix de femme éthérée, puis des percussions folles, et tutti quanti.
Ceci me rappelle la décision d’un rappeur espagnol, C. Tangana, en 2022, de faire un exercice comparable, avec l’album El Madrileño, un disque ou le rap cède largement la place aux musiques de racines espagnoles, par de multiples duos ou trios, un disque qui a fait l’histoire en Espagne.
Ce parallèle a des limites: Milo J trace son propre chemin, mais le résultat est tout aussi surprenant et passionnant. Dans ses albums précédents, qui étaient plutôt trap, on sentait déjà que le jeune homme s’ouvrait à des formes chantées et à des musiques de racines.
Il y a de multiples collaborations sur La Vida Era Más Corta, qui dressent un bon portrait de la scène musicale du cône sud: Trueno et Nicki Nicole rappeurs argentins, Akrilla, chanteuse et rappeuse chilienne. Paula Prieto, une Américaine-Argentine qui fait du rock indépendant. Tous dans la vingtaine. Mais sur ce disque, vous ne les entendrez pas rapper : Milo J les pousse vers le folklore, mais un folklore rafraîchi et renouvelé.
À l’autre extrême générationnel, Milo J dialogue avec une décédée Mercedes Sosa elle-même, sous forme virtuelle. On entend aussi le grand chanteur de Trova cubaine, Silvio Rodriguez, ainsi que Soledad, qui a renouvelé le folklore argentin dans les années 90.
Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Bien qu’il soit à son troisième opus, Milo J n’a que 19 ans. Il n’en est qu’à ses débuts.
L’Argentine est un pays magnifique avec beaucoup de problèmes politiques et économiques. Mais plus le pays sombre à ces niveaux, plus sa culture reste lumineuse et diversifiée.























