Le titre fait référence à un poème de Fernando Pessoa, et imprime une sorte d’aura bienfaisante à l’ensemble du programme construit par le pianiste et compositeur basé à Toronto, Noam Lemish. Sans bouleverser les codes habituels du genre, un jazz trempé dans une tradition érudite de Hard Bop et de modernité lyrique, Lemish construit un programme de neuf pièces qui baignent dans un esprit de douceur poétique, néanmoins animée par une énergie éveillée, sans urgence. On note la beauté des thèmes, leur développement simple mais raffiné et les impros sobres, attrayantes de Lemish lui-même au piano, Sundar Viswanathan aux saxos, Andrew Downing à la contrebasse et Nick Fraser à la batterie.
Toutes les pièces sont des compositions originales, avec un titre (The poignancy of Now) basé sur un thème de Robert Schumann, plus précisément celui du troisième mouvement de son sublime Quatuor avec piano en mi bémol majeur, Op. 47, écrit en 1842. Au risque de paraître cliché, cela démontre la profondeur des intérêts et des sources de Lemish, qui s’adonne occasionnellement aussi à la composition classique contemporaine. Dans The Poignancy of Now, Lemish insuffle une luminosité qu’on n’attend pas chez Schumann. L’intuition est bonne, le résultat agréablement chantant et réussi.
C’est d’ailleurs l’une des principales caractéristiques de l’album : la nature solaire des harmonies et des édifices sonores. Il y a de la bienveillance qui ressort de l’exercice, en particulier dans des titres comme Kadrin Gatshor (‘’gratitude’’ en langue dzonkha du Bhoutan), Aviv (mot hébreu pour ‘’printemps’’), ou la pièce-titre There’s beauty enough in being here.
La seule exception est San Francisco is my Copenhagen, qui visite activement la liberté harmonique et rythmique avec des élans presque free, mais étroitement contrôlés.
Si vous êtes d’humeur à la sérénité vêtue d’une tenue de jazz impeccable et stimulante, cet album vous séduira.























