Pour le deuxième bloc de la soirée d’Akousma, le festival de musique électroacoustique proposait une expérience d’immersion totale dans le dôme de haut-parleurs de l’Espace C. Deux artistes, le Québécois Christian Bouchard et le Viennois Robert Schwarz, y ont présenté des pièces explorant les matières sonores, qu’elles soient plastiques ou biologiques, artificielles ou organiques.
Avec Spirale plastique (2024), Christian Bouchard nous plonge dans un océan de matières flottantes. Divisée en segments séparés par des silences, la pièce alterne immersion et respiration : chaque pause agit comme une remontée à la surface du continent plastique avant de replonger vers un nouveau secteur sonore. Dans le dôme de haut-parleurs, la notion de vortex se matérialise. Les sons tourbillonnent, se creusent, s’entrechoquent. On se sent happé, ballotté au cœur de ces courants océaniques convergents, sans repère ni centre. Sur le plan énergétique, la pièce oscille entre tension et suspension : les élans nerveux et les moments d’apaisement se croisent, parfois s’opposent, parfois se confondent. Bouchard y compose une spirale sonore où le désordre devient beauté, et où l’on se perd avec une étrange fascination.
Puis, dans l’obscurité quasi totale, Robert Schwarz ouvre un tout autre monde. Sa pièce Stridulations 1–14 (2024–2025) évoque les voix du minuscule, ces pépiements et rugissements modulés qu’émettent les insectes et les arthropodes en frottant leurs corps l’un contre l’autre. Le public, plongé dans le noir, les yeux clos, adopte soudain la perspective de ces créatures qui perçoivent sans voir. Le son devient matière vibrante : il se déplace, frôle, pénètre. Dans le dôme, chaque fréquence semble effleurer la peau. Certaines vibrations sont si précises qu’elles déclenchent une réaction physique, presque tactile, qui évoque une synesthésie implicite entre le corps et l’espace. On se perd dans ce monde sonore imaginé, à la frontière du naturel et du synthétique. Les stridulations se multiplient, se croisent, s’éloignent, jusqu’à former un réseau vivant, à la fois hypnotique et déroutant. Pendant trente minutes, le réel se dissout : seule demeure cette communication d’un autre ordre, primitive, élémentaire, où l’écoute devient un sens animal.
Ce Bloc 2 d’Akousma offrait deux expériences radicalement immersives, où la matière sonore devient terrain d’exploration. Bouchard nous confrontait à la dérive plastique du monde moderne, tandis que Schwarz réinventait la perception à travers les langages microscopiques du vivant. Deux plongées vertigineuses dans la matière du son, oscillant entre le tangible et l’invisible.























