Devonté Hynes, mieux connu dans le monde de la musique et des arts sous le nom de Blood Orange, prend son temps entre la sortie de ses albums, et à mon avis, c’est l’une de ses qualités les plus admirables. Il laisse aux auditeurs le temps de revisiter ses anciens albums et élabore méticuleusement sa version authentique et attrayante du R&B brumeux, de l’art rock indépendant et du jazz expérimental. Le dernier album de Blood Orange, Negro Swan, date de 2018, mais nous avons désormais Essex Honey, qui, à chaque écoute (j’en suis à environ 12 pour l’instant), me fait penser que c’est peut-être son album le plus abouti à ce jour. Cet album est né d’une idée : comment Hynes perçoit-il la maison de son enfance à la campagne, en Angleterre ? Puis sa mère est décédée en 2023, et l’album est devenu davantage un portrait éclectique du deuil et du foyer.
Hynes continue de faire de la musique depuis 2018, en tant que chanteuse invitée, co-auteure et productrice pour des artistes tels que Daniel Caeser, Caroline Polachek et Lorde, tous trois présents sur Essex Honey. La musique de Blood Orange a quelque chose de captivant ; elle parvient à encapsuler parfaitement ces moments cinématographiques mêlant basse et danse, indie frénétique et R&B gospel. Le morceau d’ouverture « Look At You » passe d’un morceau dance aux beats subtils à une ballade au piano, puis à un échantillon de pop lo-fi, et tout cela fonctionne étrangement bien. Hynes a également une formation en arrangement classique et en piano, un talent qu’il met en valeur dans le deuxième morceau, « Thinking Clean », qui commence à nouveau comme un morceau de R&B lo-fi mené par le piano, puis se transforme en un bref groove art rock funky, pour finir par un solo de violoncelle distordu ? Tout simplement étrange et magique.
Je pourrais passer en revue chaque morceau de l’album Essex Honey, comme la basse new wave à la Smiths qui accompagne « Somewhere in Between », l’harmonica rock saloon et le solo de saxophone atmosphérique, mais j’en aurais pour une éternité. Nous n’en sommes qu’à trois morceaux sur les 14 que compte l’album. Je vais donc en choisir quelques autres, car il faut vraiment écouter l’album dans son intégralité pour ressentir toute la majesté créée par Hynes.
« The Field » reprend un extrait du chef-d’œuvre acoustique de The Durutti Column, « Sing To Me », et bénéficie des voix de Caroline Polachek, Daniel Caeser, Tariq Al-Sabir et, bien sûr, Hynes. Le rythme de la boîte à rythmes lui confère une ambiance néo-soul, idéale pour danser alors que la chaleur du soleil diminue. Polachek revient, cette fois avec Lorde de « Mind Loaded », qui dégage une ambiance baroque avec des cordes, un piano et certains des falsettos les plus agréables que j’ai jamais entendus, qui proviennent, je pense, de Lorde ? Difficile à dire, car Hynes est passé maître dans l’art de mélanger les structures vocales pour en faire une seule entité. Il le fait à nouveau sur « Countryside », un mélange brumeux et apaisant avec les voix d’Eva Tolkin, Liam Benzi et Ian Isiah. Plus tard, on a droit à « The Train (King’s Cross) », qui, avec ses accords de guitare acoustique et ses arpèges de guitare électrique, est peut-être le morceau le plus rapide d’Essex Honey. Une fois de plus, les voix de Hynes et Polachek s’unissent en une masse harmonisée. Et cette guitare principale follement saturée, mais brève, qui clôt le morceau ? Tout simplement parfait. Cet album regorge de petits moments qui mériteraient tous leur propre critique.























