Porter un nom de famille célèbre s’accompagne d’une pression particulière, et Violet Grohl a passé la majeure partie de sa jeune vie à y faire face avec élégance. Elle évolue depuis longtemps dans le milieu du rock : elle a repris des morceaux de X aux côtés de son père, a accompagné les Foo Fighters en tournée et a chanté All Apologies avec les membres survivants de Nirvana. Mais sur son premier album, Be Sweet To Me, la jeune femme de 20 ans a dépassé tout cela pour entrer sous les feux de la rampe à sa manière, en s’efforçant autant que possible d’échapper à la malédiction des « enfants de célébrités ».
Personne ne lui en voudrait de s’inspirer de cette ambiance alt-rock des années 2000 que son père a contribué à façonner, mais au lieu de cela, elle s’imprègne d’une ambiance proche de celle des Breeders, de Hole, et de toute cette tension entre douceur et rugosité, entre mélodie et bruit. Le morceau d’ouverture, « Thum », est un titre déchaîné et saturé — une déclaration d’intention assurée qui débarque avec suffisamment de fuzz et d’élan pour montrer que Grohl ne plaisante pas. « 595 » est encore meilleur : un morceau malicieux et sexy, parsemé de sursauts de bruit et doté d’un refrain imparable, brillamment inspiré des publicités vintage pour les lignes de téléphone rose, un peu à la manière de la Kim Gordon d’antan.
Les morceaux de Be Sweet To Me ont tendance à être impressionnistes, teintés par l’amour de Grohl pour le cinéma et en particulier l’œuvre de David Lynch, et par cette qualité « lynchienne » — le sentiment que quelque chose cloche légèrement sous une surface lumineuse. Le morceau de clôture, « Plastic Couch », m’a vraiment surpris ; comment un jeune de 20 ans peut-il si bien comprendre la dysphorie hypnotique ?
Cet album de 32 minutes sort à un moment où les jeunes artistes rock revisitent l’esthétique et les approches de production de la musique alternative des années 90, mais Grohl ne donne pas l’impression d’être une adepte du revival. Au contraire, elle donne l’impression d’avoir assimilé tout cela naturellement et de le filtrer à travers son propre prisme.






















