Thundercat est de retour, audacieux, intrépide et plus excentrique qu’il ne l’a jamais été depuis des années, avec Distracted, son premier album complet en six ans. Honnêtement, je commençais à me demander si le magicien de la basse, Stephen Bruner, ne s’était pas trop installé dans le rôle de figurant sur les meilleurs moments musicaux d’autres artistes — composant pour les albums de Kendrick Lamar, rehaussant les collaborations, dégainant les armes secrètes sur les albums d’autres artistes, sans qu’il soit nécessaire de creuser trop loin. Mais Distracted répond à cette question avec une ligne de basse puissante, chaleureuse et reconnaissable d’entre toutes : il est de retour et fait parler de lui avec l’un de ses albums les plus tristes, mais aussi les plus cosmiques et groovy, depuis longtemps.
Drunk (2017) restera toujours mon album préféré de Thundercat, sans doute par nostalgie, mais Distracted m’a vraiment surpris. Il a repris ces moments bizarres et jazzy où il se lâche, jouant des solos de basse comme une gifle en ouverture de Candlelight, et les a en quelque sorte fusionnés avec son mélange de funk et de paroles drôles. Thundercat gère la perte et l’anxiété liée à la neurodiversité d’une manière dont la plupart d’entre nous sommes incapables : en rendant le tout groovy et dansant ; en glissant une référence à Star Wars au milieu d’une ballade ; en terminant l’album sur une blague sur les pieds d’OnlyFans avec You Left Without Saying Goodbye, si absurde et si parfaitement insérée qu’on en rit de bon coeur dans sa cuisine.
Il propose également toute une série de collaborations disséminées dans Distracted, dont certaines semblent à première vue peu logiques ; No More Lies, la meilleure collaboration avec Tame Impala, ou, je n’hésiterai pas à le dire, la meilleure chanson qu’on ait entendue depuis longtemps. Mac Miller (RIP) fait une apparition posthume sur She Knows Too Much et assure grave. Flying Lotus revient avec une production psychédélique aux côtés de Lil Yachty sur le morceau court et classique de funk humide de Thundercat, I Did This To Myself. Lil Yachty n’apparaît que dans la conclusion avec ses couplets imprégnés de codéine. Mais bon sang, ça marche ! Ça fait quatre morceaux, et honnêtement, je n’ai envie de passer aucun pour l’instant, ce qui est rare, vu que je n’ai trouvé des pépites sur les albums de Thundercat que dans les années précédentes, enfouies au fond. Funny Friends met en scène un ASAP Rocky ouvertement triste qui parle d’un amour perdu, mais ça va et ça vient un peu.
On retrouve ensuite les Lemon Twigs sur la ballade soul What Is Left To Say, qui, encore une fois, ne semble pas avoir de sens sur le papier, mais Thundercat et leurs harmonies s’accordent à merveille. C’est un morceau discret de l’album, mais à chaque écoute, je l’apprécie de plus en plus. Certains morceaux en solo de Thundercat, comme I Wish I Didn’t Waste Your Time, débordent d’énergie synth-funk, tandis que Walking on the Moon voit Bruner citer des films de science-fiction classiques sous le couvert d’une chanson d’amour. Quelque chose que seul un type comme Thundercat pouvait faire. L’album se termine en beauté avec ThunderWave, un morceau inspiré des films d’action des années 80, avec pour invité WILLOW (dont je me fiche complètement). Ouais, Distracted, c’est tout un éventail de saveurs qu’exhale le buffet Thundercat.























