Vous connaissez peut-être Raymond Roussel? C’est un auteur et poète français mort en 1933 et qui, pour plusieurs, était un précurseur du surréalisme. Non, il n’a pas composé la musique qu’on entend sur cet album. C’est plutôt en hommage à l’étrangeté et à la grande originalité des écrits de cet artiste que le guitariste de Vancouver Eldritch Priest a nommé son trio, formé de lui-même, de James Meger à la basse et de Brady Cranfield à la batterie et aux manipulations électroniques. No One Asked Us Yet est une plongée dans l’abstraction sonore, néanmoins traversée de lignes plus ou moins lyriques.
Ne vous laissez pas tromper par les toutes premières notes de Somnambulator, la première pièce de l’album : ses accords explosifs ne représentent pas l’ensemble du programme, à quelques exceptions près.
La plupart des morceaux ouvrent des fenêtres sur des atmosphères évanescentes, comme des explorations zen de décors étranges. On pense parfois à Metheny ou Bill Frisell dans ce qu’ils ont fait de plus avant-gardiste, avec quelque chose de Terje Rypdal ou Eberhard Weber dans l’aspect contemplatif des paysages évoqués.
Sur les dix plages de l’album, deux sont des reprises : Black is the Colour of My True Love’s Hair (métamorphosée ici en une sorte de trame sonore pour un épisode de Black… Mirror), et Five, de Bill Evans, dans une interprétation angulaire, brillante, disjonctée, extatique.
Un album exigeant, parfois déroutant, mais d’une excellence créative impressionnante.






















